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:La dame alors leva la vue par hasard, et apercevant les princes au haut de l'arbre, elle leur fit signe de la main de descendre sans faire de bruit. Leur frayeur fut extrme quand ils se virent dcouverts. Ils supplirent la dame, par d'autres signes, de les dispenser de lui obir ; mais elle, aprs avoir t doucement de dessus ses genoux la tte du gnie, et l'avoir pose lgrement  terre, se leva et leur dit d'un ton de voix bas, mais anim :
:Descendez, il faut absolument que vous veniez  moi. Ils voulurent vainement lui faire comprendre encore par leurs gestes qu'ils craignaient le gnie. Descendez donc, leur rpliqua-t-elle sur le mme ton ; si vous ne vous htez de m'obir, je vais l'veiller, et je lui demanderai moi-mme votre mort.
:La nouvelle du retour du sultan s'y tant rpandue, les courtisans se rendirent de grand matin devant son pavillon. Il les fit entrer, les reut d'un air plus riant qu' l'ordinaire, et leur fit  tous des gratifications. Aprs quoi, leur ayant dclar qu'il ne voulait pas aller plus loin, il leur commanda de monter  cheval, et il retourna bientt  son palais.
:Le bruit de cette inhumanit sans exemple causa une consternation gnrale dans la ville. On n'y entendait que des cris et des lamentations : ici c'tait un pre en pleurs qui se dsesprait de la perte de sa fille ; et l c'taient de tendres mres, qui, craignant pour les leurs la mme destine, faisaient par avance retentir l'air de leurs gmissements. Ainsi, au lieu des louanges et des bndictions que le sultan s'tait attires jusqu'alors, tous ses sujets ne faisaient plus que des imprcations contre lui.
: Dieu ! interrompit-il avec transport. Avez-vous perdu l'esprit, ma fille ? Pouvez-vous me faire une prire si dangereuse ? Vous savez que le sultan a fait serment sur son me de ne coucher qu'une seule nuit avec la mme femme et de lui faire ter la vie le lendemain, et vous voulez que je lui propose de vous pouser ?
:Votre opinitret, repartit le vizir, excite ma colre. Pourquoi vouloir vous-mme courir  votre perte ? Qui ne prvoit pas la fin d'une entreprise dangereuse n'en saurait sortir heureusement. Je crains qu'il ne vous arrive ce qui arriva  l'ne, qui tait bien, et qui ne put s'y tenir. - Quel malheur arriva-t-il  cet ne ? reprit Scheherazade. - Je vais vous le dire, rpondit le vizir ; coutez-moi :
:Un marchand trs-riche avait plusieurs maisons  la campagne, o il faisait nourrir une grande quantit de toute sorte de btail. Il se retira avec sa femme et ses enfants  une de ses terres, pour la faire valoir par lui-mme. Il avait le don d'entendre le langage des btes ; mais avec cette condition, qu'il ne pouvait l'interprter  personne, sans s'exposer  perdre la vie ; ce qui l'empchait de communiquer les choses qu'il avait apprises par le moyen de ce don.
:Le boeuf prit en fort bonne part les avis de l'ne, il lui tmoigna combien il lui tait oblig : Cher l'veill, ajouta-t-il, je ne manquerai pas de faire tout ce que tu m'as dit, et tu verras de quelle manire je m'en acquitterai. Ils se turent aprs cet entretien, dont le marchand ne perdit pas une parole.
:Le bon marchand vit bien que les mauvais conseils de l'veill avaient t suivis ; et pour le punir comme il le mritait : Va, dit-il au laboureur, prends l'ne  la place du boeuf, et ne manque pas de lui donner bien de l'exercice. Le laboureur obit. L'ne fut oblig de tirer la charrue tout ce jour-l ; ce qui le fatigua d'autant plus, qu'il tait moins accoutum  ce travail. Outre cela, il reut tant de coups de bton, qu'il ne pouvait se soutenir quand il fut de retour.
:En achevant ces mots, elle rentra dans la maison, et se mit dans un coin o elle passa la nuit  pleurer de toute sa force. Le mari coucha seul ; et le lendemain, voyant qu'elle ne discontinuait pas de se lamenter : Vous n'tes pas sage, lui dit-il, de vous affliger de la sorte ; la chose n'en vaut pas la peine ; et il vous est aussi peu important de la savoir, qu'il m'importe beaucoup,  moi, de la tenir secrte. N'y pensez donc plus, je vous en conjure. - J'y pense si bien encore, rpondit la femme, que je ne cesserai pas de pleurer, que vous n'ayez satisfait ma curiosit. -
:Mon pre, dit alors Scheherazade, de grce, ne trouvez point mauvais que je persiste dans mes sentiments. L'histoire de cette femme ne saurait m'branler. Je pourrais vous en raconter beaucoup d'autres qui vous persuaderaient que vous ne devez pas vous opposer  mon dessein. D'ailleurs, pardonnez-moi si j'ose vous le dclarer, vous vous y opposeriez vainement : quand la tendresse paternelle refuserait de souscrire  la prire que je vous fais, j'irais me prsenter moi-mme au sultan.
:Le grand vizir alla porter cette nouvelle  Scheherazade, qui la reut avec autant de joie que si elle et t la plus agrable du monde. Elle remercia son pre de l'avoir si sensiblement oblige ; et voyant qu'il tait accabl de douleur, elle lui dit, pour le consoler, qu'elle esprait qu'il ne se repentirait pas de l'avoir marie avec le sultan, et qu'au contraire il aurait sujet de s'en rjouir le reste de sa vie.
:Une heure avant le jour, Dinarzade, s'tant rveille, ne manqua pas de faire ce que sa soeur lui avait recommand : Ma chre soeur, s'cria-t-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paratra bientt, de me raconter un de ces contes agrables que vous savez. Hlas ! ce sera peut-tre la dernire fois que j'aurai ce plaisir.
:Cependant le marchand tout en pleurs, et protestant de son innocence, regrettait sa femme et ses enfants, et disait les choses du monde les plus touchantes. Le gnie, toujours le sabre haut, eut la patience d'attendre que le malheureux et achev ses lamentations ; mais il n'en fut nullement attendri : Tous ces regrets sont superflus, s'cria-t-il ; quand tes larmes seraient de sang, cela ne m'empcherait pas de te tuer comme tu as tu mon fils. - Quoi ! rpliqua le marchand, rien ne peut vous toucher ?
:Pendant ce temps-l, le grand vizir tait dans une inquitude cruelle : au lieu de goter la douceur du sommeil, il avait pass la nuit  soupirer et  plaindre le sort de sa fille, dont il devait tre le bourreau. Mais si dans cette triste attente il craignait la vue du sultan, il fut agrablement surpris, lorsqu'il vit que ce prince entrait au conseil sans lui donner l'ordre funeste qu'il en attendait.
:Ma soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paratra bientt, de continuer le conte d'hier. Le sultan n'attendit pas que Scheherazade lui en demandt la permission : Achevez, lui dit-il, le conte du gnie et du marchand ; je suis curieux d'en entendre la fin. Scheherazade prit alors la parole, et continua son conte dans ces termes :
:Lorsqu'ils entendirent cette triste nouvelle, ils commencrent tous  se dsoler. La femme poussait des cris pitoyables en se frappant le visage et en s'arrachant les cheveux ; les enfants, fondant en pleurs, faisaient retentir la maison de leurs gmissements ; et le pre, cdant  la force du sang, mlait ses larmes  leurs plaintes. En un mot, c'tait le spectacle du monde le plus touchant.
:Ds le lendemain, le marchand songea  mettre ordre  ses affaires, et s'appliqua sur toutes choses  payer ses dettes. Il fit des prsents  ses amis et de grandes aumnes aux pauvres, donna la libert  ses esclaves de l'un et de l'autre sexe, partagea ses biens entre ses enfants, nomma des tuteurs pour ceux qui n'taient pas encore en ge ; et en rendant  sa femme tout ce qui lui appartenait, selon son contrat de mariage, il l'avantagea de tout ce qu'il put lui donner suivant les lois.
:Mes enfants, leur dit-il, j'obis  l'ordre de Dieu en me sparant de vous. Imitez-moi : soumettez-vous courageusement  cette ncessit, et songez que la destine de l'homme est de mourir. Aprs avoir dit ces paroles, il s'arracha aux cris et aux regrets de sa famille, il partit et arriva au mme endroit o il avait vu le gnie, le propre jour qu'il avait promis de s'y rendre. Il mit aussitt pied  terre, et s'assit au bord de la fontaine, o il attendit le gnie avec toute la tristesse qu'on peut s'imaginer.
:Pendant qu'il languissait dans une si cruelle attente, un bon vieillard qui menait une biche  l'attache parut et s'approcha de lui. Ils se salurent l'un l'autre ; aprs quoi le vieillard lui dit : Mon frre, peut-on savoir de vous pourquoi vous tes venu dans ce lieu dsert, o il n'y a que des esprits malins, et o l'on n'est pas en sret ?  voir ces beaux arbres, on le croirait habit ; mais c'est une vritable solitude, o il est dangereux de s'arrter trop longtemps.
:Le marchand satisfit la curiosit du vieillard, et lui conta l'aventure qui l'obligeait  se trouver l. Le vieillard l'couta avec tonnement ; et prenant la parole : Voil, s'cria-t-il, la chose du monde la plus surprenante ; et vous tes li par le serment le plus inviolable. Je veux, ajouta-t-il, tre tmoin de votre entrevue avec le gnie. En disant cela, il s'assit prs du marchand, et tandis qu'ils s'entretenaient tous deux.........
:La nuit suivante, Dinarzade fit  sa soeur la mme prire que les deux prcdentes : Ma chre soeur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie de me raconter un de ces contes agrables que vous savez. Mais le sultan dit qu'il voulait entendre la suite de celui du marchand et du gnie : c'est pourquoi Scheherazade le reprit ainsi :
:Sire, dans le temps que le marchand et le vieillard qui conduisait la biche s'entretenaient, il arriva un autre vieillard, suivi de deux chiens noirs. Il s'avana jusqu' eux, et les salua, en leur demandant ce qu'ils faisaient en cet endroit. Le vieillard qui conduisait la biche lui apprit l'aventure du marchand et du gnie, ce qui s'tait pass entre eux, et le serment du marchand. Il ajouta que ce jour tait celui de la parole donne, et qu'il tait rsolu de demeurer l pour voir ce qui en arriverait.
:Le second vieillard, trouvant aussi la chose digne de sa curiosit, prit la mme rsolution. Il s'assit auprs des autres ; et  peine se fut-il ml  leur conversation, qu'il survint un troisime vieillard, qui, s'adressant aux deux premiers, leur demanda pourquoi le marchand qui tait avec eux paraissait si triste. On lui en dit le sujet, qui lui parut si extraordinaire, qu'il souhaita aussi d'tre tmoin de ce qui se passerait entre le gnie et le marchand : pour cet effet, il se plaa parmi les autres.
:Ils aperurent bientt dans la campagne une vapeur paisse, comme un tourbillon de poussire lev par le vent ; cette vapeur s'avana jusqu' eux, et, se dissipant tout  coup, leur laissa voir le gnie, qui, sans les saluer, s'approcha du marchand le sabre  la main, et le prenant par le bras : Lve-toi, lui dit-il, que je te tue, comme tu as tu mon fils. Le marchand et les trois vieillards, effrays, se mirent  pleurer et  remplir l'air de cris......
:Nous avons vcu ensemble trente annes sans avoir eu d'enfants ; mais sa strilit ne m'a point empch d'avoir pour elle beaucoup de complaisance et d'amiti. Le seul dsir d'avoir des enfants me fit acheter une esclave, dont j'eus un fils qui promettait infiniment. Ma femme en conut de la jalousie, prit en aversion la mre et l'enfant, et cacha si bien ses sentiments, que je ne les connus que trop tard.
:Ds que ma femme m'entendit parler ainsi, elle ne manqua pas de s'crier encore : Que faites-vous, mon mari ? Croyez-moi, ne sacrifiez pas un autre veau que celui-l. - Ma femme, lui rpondis-je, je n'immolerai pas celui-ci. Je veux lui faire grce ; je vous prie de ne vous y point opposer. Elle n'eut garde, la mchante femme, de se rendre  ma prire ; elle hassait trop mon fils, pour consentir que je le sauvasse. Elle m'en demanda le sacrifice avec tant d'opinitret, que je fus oblig de le lui accorder. Je liai le veau, et prenant le couteau funeste...
:Scheherazade s'arrta en cet endroit, parce qu'elle aperut le jour : Ma soeur, dit alors Dinarzade, je suis enchante de ce conte, qui soutient si agrablement mon attention. - Si le sultan me laisse encore vivre aujourd'hui, repartit Scheherazade, vous verrez que ce que je vous raconterai demain vous divertira beaucoup davantage. Schahriar, curieux de savoir ce que deviendrait le fils du vieillard qui conduisait la biche, dit  la sultane, qu'il serait bien aise d'entendre la nuit prochaine la fin de ce conte.
:Sur la fin de la cinquime nuit, Dinarzade appela la sultane et lui dit : Ma chre soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paratra bientt, de reprendre la suite de ce beau conte que vous commentes hier. Scheherazade, aprs en avoir obtenu la permission de Schahriar, poursuivit de cette manire :
: ces paroles,  gnie, continua le vieillard, je vous laisse  juger quelle fut ma surprise. Je partis sur-le-champ avec mon fermier pour parler moi-mme  sa fille. En arrivant, j'allai d'abord  l'table o tait mon fils. Il ne put rpondre  mes embrassements, mais il les reut d'une manire qui acheva de me persuader qu'il tait mon fils.
:Alors cette fille prit un vase plein d'eau, pronona dessus des paroles que je n'entendis pas, et s'adressant au veau :  veau ! dit-elle, si tu as t cr par le Tout-Puissant et souverain matre du monde tel que tu parais en ce moment, demeure sous cette forme ; mais si tu es homme et que tu sois chang en veau par enchantement, reprends ta figure naturelle par la permission du souverain Crateur. En achevant ces mots, elle jeta l'eau sur lui, et  l'instant il reprit sa premire forme.
:Depuis ce temps-l, mon fils est devenu veuf, et est all voyager. Comme il y a plusieurs annes que je n'ai eu de ses nouvelles, je me suis mis en chemin pour tcher d'en apprendre ; et n'ayant pas voulu confier  personne le soin de ma femme, pendant que je ferais enqute de lui, j'ai jug  propos de la mener partout avec moi. Voil donc mon histoire, et celle de cette biche : n'est-elle pas des plus surprenantes et des plus merveilleuses ? - J'en demeure d'accord, dit le gnie ; et en sa faveur, je t'accorde le tiers de la grce de ce marchand.
:Bon Dieu ! ma soeur, dit Dinarzade, que ces aventures sont singulires. - Ma soeur, rpondit la sultane, elles ne sont pas comparables  celles que j'aurais  vous raconter la nuit prochaine, si le sultan, mon seigneur et mon matre avait la bont de me laisser vivre. Schahriar ne rpondit rien  cela ; mais il se leva, fit sa prire et alla au conseil, sans donner aucun ordre contre la vie de la charmante Scheherazade.
:La sixime nuit tant venue, le sultan et son pouse se couchrent. Dinarzade se rveilla  l'heure ordinaire, et appela la sultane. Ma chre soeur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie en attendant le jour qui paratra bientt, de me raconter quelqu'un de ces beaux contes que vous savez. Schahriar prit alors la parole ; Je souhaiterais, dit-il, entendre l'histoire du second vieillard et des deux chiens noirs. - Je vais contenter votre curiosit, sire, rpondit Scheherazade. Le second vieillard, poursuivit-elle, s'adressant au gnie, commena ainsi son histoire :
:Grand prince des gnies, vous saurez que nous sommes trois frres, ces deux chiens noirs que vous voyez, et moi qui suis le troisime. Notre pre nous avait laiss, en mourant,  chacun mille sequins. Avec cette somme, nous embrassmes tous trois la mme profession : nous nous fmes marchands. Peu de temps aprs que nous emes ouvert boutique, mon frre an, l'un de ces deux chiens, rsolut de voyager et d'aller ngocier dans les pays trangers. Dans ce dessein, il vendit tout son fonds, et en acheta des marchandises propres au ngoce qu'il voulait faire.
:Je fis fermer aussitt ma boutique, et abandonnant tout autre soin, je le menai au bain, et lui donnai les plus beaux habits de ma garde-robe. J'examinai mes registres de vente et d'achat, et trouvant que j'avais doubl mon fonds, c'est--dire, que j'tais riche de deux mille sequins, je lui en donnai la moiti, avec cela, mon frre, lui dis-je, vous pourrez oublier la perte que vous avez faite. Il accepta les mille sequins avec joie, rtablit ses affaires, et nous vcmes ensemble comme nous avions vcu auparavant.
:Quelque temps aprs, mon second frre, qui est l'autre de ces deux chiens, voulut aussi vendre son fonds. Nous fmes, son an et moi tout ce que nous pmes pour l'en dtourner ; mais il n'y eut pas moyen. Il le vendit, et de l'argent qu'il en fit, il acheta des marchandises propres au ngoce tranger qu'il voulait entreprendre. Il se joignit  une caravane, et partit. Il revint au bout de l'an dans le mme tat que son frre an ; je le fis habiller ; et comme j'avais encore mille sequins par-dessus mon fonds, je les lui donnai. Il releva boutique, et continua d'exercer sa profession.
:- Je le veux bien, rpondit Scheherazade ; et pour en reprendre le fil, je vous dirai que le vieillard qui menait les deux chiens noirs continuant de raconter son histoire au gnie, aux deux autres vieillards et au marchand : Enfin, leur dit-il, aprs deux mois de navigation, nous arrivmes heureusement  un port de mer, o nous dbarqumes, et fmes un trs-grand dbit de nos marchandises. Moi surtout, je vendis si bien les miennes, que je gagnai dix pour un. Nous achetmes des marchandises du pays, pour les transporter et les ngocier au ntre.
:Pendant notre navigation, je trouvai de si belles qualits dans la femme que je venais de prendre, que je l'aimais tous les jours de plus en plus. Cependant mes deux frres, qui n'avaient pas si bien fait leurs affaires que moi, et qui taient jaloux de ma prosprit, me portaient envie : leur fureur alla mme jusqu' conspirer contre ma vie : Une nuit, dans le temps que ma femme et moi nous dormions, ils nous jetrent  la mer.
:Prsentement que les dix annes sont accomplies, je suis en chemin pour l'aller chercher, et comme en passant par ici j'ai rencontr ce marchand et le bon vieillard qui mne sa biche, je me suis arrt avec eux : voil quelle est mon histoire,  prince des gnies : ne vous parat-elle pas des plus extraordinaires ? - J'en conviens, rpondit le gnie, et je remets aussi en sa faveur le second tiers du crime dont ce marchand est coupable envers moi.
:Aussitt que le second vieillard eut achev son histoire, le troisime prit la parole, et fit au gnie la mme demande que les deux premiers, c'est--dire, de remettre au marchand le troisime tiers de son crime, suppos que l'histoire qu'il avait  lui raconter surpasst, en vnements singuliers, les deux qu'il venait d'entendre. Le gnie lui fit la mme promesse qu'aux autres. coutez donc, lui dit alors le vieillard... Mais le jour parat, dit Scheherazade en se reprenant ; il faut que je m'arrte en cet endroit.
:Ds que Dinarzade s'aperut qu'il tait temps d'appeler la sultane, elle lui dit : Ma soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour, qui paratra bientt, de me conter un de ces beaux contes que vous savez. - Racontez-nous celui du troisime vieillard, dit le sultan  Scheherazade ; j'ai bien de la peine  croire qu'il soit plus merveilleux que celui du vieillard et des deux chiens noirs.
:HISTOIRE DU PCHEUR. Sire, il y avait autrefois un pcheur fort g, et si pauvre, qu' peine pouvait-il gagner de quoi faire subsister sa femme et trois enfants, dont sa famille tait compose. Il allait tous les jours  la pche de grand matin, et chaque jour il s'tait fait une loi de ne jeter ses filets que quatre fois seulement.
:Il partit un matin au clair de la lune, et se rendit au bord de la mer. Il se dshabilla et jeta ses filets ; et comme il les tirait vers le rivage, il sentit d'abord de la rsistance : Il crut avoir fait une bonne pche, et s'en rjouissait dj en lui-mme ; mais un moment aprs, s'apercevant qu'au lieu de poisson il n'y avait dans ses filets que la carcasse d'un ne, il en eut beaucoup de chagrin... Scheherazade, en cet endroit, cessa de parler, parce qu'elle vit paratre le jour :
:Ma soeur, lui dit Dinarzade, je vous avoue que ce commencement me charme, et je prvois que la suite sera fort agrable. - Rien n'est plus surprenant que l'histoire du pcheur, rpondit la sultane ; et vous en conviendrez la nuit prochaine, si le sultan me fait la grce de me laisser vivre. Schahriar, curieux d'apprendre le succs de la pche du pcheur, ne voulut pas faire mourir ce jour-l Scheherazade. C'est pourquoi il se leva, et ne donna point encore ce cruel ordre.
:Ma chre soeur, s'cria Dinarzade, le lendemain  l'heure ordinaire, je vous supplie en attendant le jour, qui paratra bientt, de me raconter la suite du conte du pcheur. Je meurs d'envie de l'entendre. - Je vais vous donner cette satisfaction, rpondit la sultane. En mme temps elle demanda la permission au sultan, et lorsqu'elle l'eut obtenue, elle reprit en ces termes le conte du pcheur :
:Le pcheur, ayant fini cette prire, jeta ses filets pour la quatrime fois. Quand il jugea qu'il devait y avoir du poisson, il les tira comme auparavant avec assez de peine. Il n'y en avait pas pourtant ; mais il y trouva un vase de cuivre jaune, qui,  sa pesanteur, lui parut plein de quelque chose ; et il remarqua qu'il tait ferm et scell de plomb, avec l'empreinte d'un sceau. Cela le rjouit : Je le vendrai au fondeur, disait-il, et de l'argent que j'en ferai, j'en achterai une mesure de bl.
:Dinarzade, la nuit suivante, appela sa soeur quand il en fut temps : Si vous ne dormez pas, ma soeur, lui dit-elle, je vous prie, en attendant le jour qui paratra bientt, de continuer le conte du pcheur. Le sultan, de son ct, tmoigna de l'impatience d'apprendre quel dml le gnie avait eu avec Salomon. C'est pourquoi Scheherazade poursuivit ainsi le conte du pcheur.
:Sire, le pcheur n'eut pas sitt entendu les paroles que le gnie avait prononces, qu'il se rassura et lui dit : Esprit superbe, que dites-vous ? Il y a plus de dix-huit cents ans que Salomon, le prophte de Dieu, est mort, et nous sommes prsentement  la fin des sicles. Apprenez-moi votre histoire, et pour quel sujet vous tiez renferm dans ce vase.
:La ncessit donne de l'esprit. Le pcheur s'avisa d'un stratagme : Puisque je ne saurais viter la mort, dit-il au gnie, je me soumets donc  la volont de Dieu. Mais avant que je choisisse un genre de mort, je vous conjure, par le grand nom de Dieu, qui tait grav sur le sceau du prophte Salomon, fils de David, de me dire la vrit sur une question que j'ai  vous faire.
:Le jour venant  paratre, Scheherazade se tut en cet endroit de son discours : Ma soeur, lui dit Dinarzade, il faut convenir que plus vous parlez, et plus vous faites de plaisir. J'espre que le sultan, notre seigneur, ne vous fera pas mourir qu'il n'ait entendu le reste du beau conte du pcheur. - Le sultan est le matre, reprit Scheherazade ; il faut vouloir tout ce qui lui plaira. Le sultan, qui n'avait pas moins d'envie que Dinarzade d'entendre la fin de ce conte, diffra encore la mort de la sultane.
:Oui, rpondit le gnie, je jure par ce grand nom que j'y tais ; et cela est trs-vritable. - En bonne foi, rpliqua le pcheur, je ne puis vous croire. Ce vase ne pourrait pas seulement contenir un de vos pieds : comment se peut-il que votre corps y ait t renferm tout entier ? - Je te jure pourtant, repartit le gnie, que j'y tais tel que tu me vois. Est-ce que tu ne me crois pas, aprs le grand serment que je t'ai fait ? - Non, vraiment, dit le pcheur ; et je ne vous croirai point,  moins que vous ne me fassiez voir la chose.
:Alors il se fit une dissolution du corps du gnie, qui, se changeant en fume, s'tendit comme auparavant sur la mer et sur le rivage, et qui, se rassemblant ensuite, commena de rentrer dans le vase, et continua de mme par une succession lente et gale, jusqu' ce qu'il n'en restt plus rien au dehors. Aussitt il en sortit une voix qui dit au pcheur : H bien ! incrdule pcheur, me voici dans le vase : me crois-tu prsentement ?
:Le pcheur, au lieu de rpondre au gnie, prit le couvercle de plomb ; et ayant ferm promptement le vase : Gnie, lui cria-t-il, demande-moi grce  ton tour, et choisis de quelle mort tu veux que je te fasse mourir. Mais non, il vaut mieux que je te rejette  la mer, dans le mme endroit d'o je t'ai tir ; puis je ferai btir une maison sur ce rivage, o je demeurerai, pour avertir tous les pcheurs qui viendront y jeter leurs filets de bien prendre garde de repcher un mchant gnie comme toi, qui as fait serment de tuer celui qui te mettra en libert.
:Le gnie n'pargna rien pour tcher de toucher le pcheur : Ouvre le vase, lui dit-il, donne-moi la libert, je t'en supplie ; je te promets que tu seras content de moi. - Tu n'es qu'un tratre, repartit le pcheur. Je mriterais de perdre la vie si j'avais l'imprudence de me fier  toi. Tu ne manquerais pas de me traiter de la mme faon qu'un certain roi grec traita le mdecin Douban. C'est une histoire que je te veux raconter ; coute.
:La douzime nuit tait dj fort avance, lorsque Dinarzade, s'tant rveille, s'cria : Ma soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie de continuer l'agrable histoire du roi grec et du mdecin Douban. - Je le veux bien, rpondit Scheherazade. En mme temps, elle en reprit le fil de cette sorte :
:Le mdecin Douban entra dans la salle, et s'alla prosterner au pied du trne, la face contre terre. Le roi l'ayant aperu, l'appela, le fit asseoir  son ct, et le montra  l'assemble, en lui donnant publiquement toutes les louanges qu'il mritait. Ce prince n'en demeura pas l ; comme il rgalait ce jour-l toute sa cour, il le fit manger  sa table, seul avec lui...  ces mots, Scheherazade, remarquant qu'il tait jour, cessa de poursuivre son conte :
:Le roi grec, poursuivit le pcheur, ne se contenta pas de recevoir  sa table le mdecin Douban : vers la fin du jour, lorsqu'il voulut congdier l'assemble, il le fit revtir d'une longue robe fort riche, et semblable  celle que portaient ordinairement ses courtisans en sa prsence ; outre cela, il lui fit donner deux mille sequins. Le lendemain et les jours suivants, il ne cessa de le caresser. Enfin, ce prince, croyant ne pouvoir jamais assez reconnatre les obligations qu'il avait  un mdecin si habile, rpandait sur lui, tous les jours, de nouveaux bienfaits.
:Mais, sire, ajouta Scheherazade, le jour qui parat me dfend de poursuivre. Je sais bon gr au roi grec, dit Dinarzade, d'avoir eu la fermet de rejeter la fausse accusation de son vizir. - Si vous louez aujourd'hui la fermet de ce prince, interrompit Scheherazade, vous condamnerez demain sa faiblesse, si le sultan veut bien que j'achve de raconter cette histoire. Le sultan, curieux d'apprendre en quoi le roi grec avait eu de la faiblesse, diffra encore la mort de la sultane.
:Ma soeur, s'cria Dinarzade sur la fin de la quatorzime nuit, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paratra bientt, de reprendre l'histoire du pcheur ; vous en tes demeure  l'endroit o le roi grec soutient l'innocence du mdecin Douban, et prend si fortement son parti. - Je m'en souviens, rpondit Scheherazade ; vous allez entendre la suite :
:Un bonhomme avait une belle femme qu'il aimait avec tant de passion, qu'il ne la perdait de vue que le moins qu'il pouvait. Un jour que des affaires pressantes l'obligeaient  s'loigner d'elle, il alla dans un endroit o l'on vendait toutes sortes d'oiseaux ; il y acheta un perroquet, qui non-seulement parlait fort bien, mais qui avait mme le don de rendre compte de tout ce qui avait t fait devant lui. Il l'apporta dans une cage au logis, pria sa femme de le mettre dans sa chambre et d'en prendre soin pendant le voyage qu'il allait faire ; aprs quoi il partit.
: son retour, il ne manqua pas d'interroger le perroquet sur ce qui s'tait pass durant son absence ; et l-dessus, l'oiseau lui apprit des choses qui lui donnrent lieu de faire de grands reproches  sa femme. Elle crut que quelqu'une de ses esclaves l'avait trahie ; elles jurrent toutes qu'elles lui avaient t fidles, et convinrent qu'il fallait que ce ft le perroquet qui et fait ces mauvais rapports.
:L s'arrta Scheherazade, parce qu'elle s'aperut qu'il tait jour : Tout ce que vous nous racontez, ma soeur, dit Dinarzade, est si vari, que rien ne me parat plus agrable. - Je voudrais continuer de vous divertir, rpondit Scheherazade ; mais je ne sais si le sultan, mon matre, m'en donnera le temps. Schahriar, qui ne prenait pas moins de plaisir que Dinarzade  entendre la sultane, se leva, et passa la journe sans ordonner au vizir de la faire mourir.
:Quand le roi grec, dit le pcheur au gnie, eut achev l'histoire du perroquet : Et vous, vizir, ajouta-t-il, par l'envie que vous avez conue contre le mdecin Douban, qui ne vous a fait aucun mal, vous voulez que je le fasse mourir ; mais je m'en garderai bien, de peur de m'en repentir, comme ce mari d'avoir tu son perroquet.
:Comme ils passaient prs d'une masure, la dame ayant tmoign qu'elle serait bien aise de mettre pied  terre pour quelque ncessit, le prince s'arrta et la laissa descendre. Il descendit aussi, et s'approcha de la masure en tenant son cheval par la bride. Jugez qu'elle fut sa surprise, lorsqu'il entendit la dame en dedans prononcer ces paroles : Rjouissez-vous, mes enfants, je vous amne un garon bien fait et fort gras ; et que d'autres voix lui rpondirent aussitt : Maman, o est-il, que nous le mangions tout  l'heure ; car nous avons bon apptit ?
:Dinarzade avait tant d'envie d'entendre la fin de l'histoire du jeune prince, qu'elle se rveilla cette nuit plus tt qu' l'ordinaire : Ma soeur, dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous prie d'achever l'histoire que vous commentes hier ; je m'intresse au sort du jeune prince, et je meurs de peur qu'il ne soit mang par l'ogresse et ses enfants. Schahriar ayant marqu qu'il tait dans la mme crainte : H bien ! sire, dit la sultane, je vais vous tirer de peine.
:Sire, poursuivit le vizir du roi grec, pour revenir au mdecin Douban, si vous n'y prenez garde, la confiance que vous avez en lui vous sera funeste ; je sais de bonne part que c'est un espion envoy par vos ennemis pour attenter  la vie de votre majest. Il vous a guri, dites-vous ; h ! qui peut vous en assurer ? Il ne vous a peut-tre guri qu'en apparence, et non radicalement. Que sait-on si ce remde, avec le temps, ne produira pas un effet pernicieux ?
:Le roi grec, qui avait naturellement fort peu d'esprit, n'eut pas assez de pntration pour s'apercevoir de la mchante intention de son vizir, ni assez de fermet pour persister dans son premier sentiment. Ce discours l'branla : Vizir, dit-il, tu as raison ; il peut tre venu exprs pour m'ter la vie ; ce qu'il peut fort bien excuter par la seule odeur de quelqu'une de ses drogues. Il faut voir ce qu'il est  propos de faire dans cette conjoncture.
:La tte fut coupe si adroitement, qu'elle tomba dans le bassin ; et elle fut  peine pose sur la couverture, que le sang s'arrta. Alors, au grand tonnement du roi et de tous les spectateurs, elle ouvrit les yeux, et, prenant la parole : Sire, dit-elle, que votre majest ouvre le livre. Le roi l'ouvrit, et trouvant que le premier feuillet tait comme coll contre le second, pour le tourner avec plus de facilit, il porta le doigt  sa bouche et le mouilla de sa salive. Il fit la mme chose jusqu'au sixime feuillet ; et ne voyant pas d'criture  la page indique :
:Mdecin, dit-il  la tte, il n'y a rien d'crit. - Tournez encore quelques feuillets, repartit la tte. Le roi continua d'en tourner, en portant toujours le doigt  sa bouche, jusqu' ce que le poison, dont chaque feuillet tait imbu, venant  faire son effet, ce prince se sentit tout  coup agit d'un transport extraordinaire ; sa vue se troubla, et il se laissa tomber au pied de son trne avec de grandes convulsions...
:Quelque curiosit qu'et Dinarzade d'entendre le reste de l'histoire du roi grec, elle ne se rveilla pas cette nuit de si bonne heure qu' l'ordinaire ; il tait mme presque jour lorsqu'elle dit  la sultane : Ma chre soeur, je vous prie de continuer la merveilleuse histoire du roi grec ; mais htez-vous, de grce, car le jour paratra bientt.
:Scheherazade reprit aussitt cette histoire  l'endroit o elle l'avait laisse le jour prcdent : Sire, dit-elle, quand le mdecin Douban, ou, pour mieux dire, sa tte, vit que le poison faisait son effet, et que le roi n'avait plus que quelques moments  vivre : Tyran, s'cria-t-elle, voil de quelle manire sont traits les princes qui, abusant de leur autorit, font prir les innocents. Dieu punit tt ou tard leurs injustices et leurs cruauts. La tte eut  peine achev ces paroles, que le roi tomba mort, et qu'elle perdit elle-mme aussi le peu de vie qui lui restait.
:La crainte du pcheur fit rire le gnie, qui lui rpondit : Non, pcheur, rassure-toi ; je n'ai jet le vase que pour me divertir et voir si tu en serais alarm ; et pour te persuader que je te veux tenir parole, prends tes filets et me suis. En prononant ces mots, il se mit  marcher devant le pcheur, qui, charg de ses filets, le suivit avec quelque sorte de dfiance. Ils passrent devant la ville, et montrent au haut d'une montagne, d'o ils descendirent dans une vaste plaine qui les conduisit  un grand tang situ entre quatre collines.
:J'ai de la peine  croire que vous puissiez dsormais nous en apprendre d'autres qui le soient davantage. - Ma chre soeur, rpondit la sultane, si le sultan mon matre me laisse vivre jusqu' demain, je suis persuade que vous trouverez la suite de l'histoire du pcheur encore plus merveilleuse que le commencement, et incomparablement plus agrable. Schahriar, curieux de voir si le reste de l'histoire du pcheur tait tel que la sultane le promettait, diffra encore l'excution de la loi cruelle qu'il s'tait faite.
:Vers la fin de la dix-neuvime nuit, Dinarzade appela la sultane, et lui dit : Ma soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui va paratre bientt, de me raconter l'histoire du pcheur ; je suis dans une extrme impatience de l'entendre. Scheherazade, avec la permission du sultan, la reprit aussitt de cette sorte :
:La cuisinire, que toutes ces merveilles avaient pouvante, tant revenue de sa frayeur, alla relever les poissons qui taient tombs sur la braise ; mais elle les trouva plus noirs que du charbon, et hors d'tat d'tre servis au sultan. Elle en eut une vive douleur, et se mettant  pleurer de toute sa force : Hlas ! disait-elle, que vais-je devenir ? Quand je conterai au sultan ce que j'ai vu, je suis assure qu'il ne me croira point ; dans quelle colre ne sera-t-il pas contre moi ?
:Mais, sire, ajouta Scheherazade en se reprenant, voil le jour qui parat, et qui m'empche de continuer cette histoire. Les choses que je viens de vous dire sont,  la vrit, trs-singulires ; mais si je suis en vie demain, je vous en dirai d'autres qui sont encore plus dignes de votre attention. Schahriar, jugeant bien que la suite devait tre fort curieuse, rsolut de l'attendre la nuit suivante.
:Ils montrent tous la montagne ; et  la descente, ils virent avec beaucoup de surprise une vaste plaine que personne n'avait remarque jusqu'alors. Enfin ils arrivrent  l'tang, qu'ils trouvrent effectivement situ entre quatre collines, comme le pcheur l'avait rapport. L'eau en tait si transparente, qu'ils remarqurent que tous les poissons taient semblables  ceux que le pcheur avait apports au palais.
:Le grand vizir dit plusieurs choses au sultan, pour tcher de le dtourner de son dessein : il lui reprsenta le danger auquel il s'exposait, et la peine qu'il allait prendre peut-tre inutilement. Mais il eut beau puiser toute son loquence, le sultan ne quitta point sa rsolution, et se prpara  l'excuter. Il prit un habillement commode pour marcher  pied, il se munit d'un sabre, et ds qu'il vit que tout tait tranquille dans son camp, il partit sans tre accompagn de personne.
:Enfin le sultan entra, et s'avanant sous le vestibule : N'y a-t-il personne ici, s'cria-t-il, pour recevoir un tranger qui aurait besoin de se rafrachir en passant ? Il rpta la mme chose deux ou trois fois ; mais, quoiqu'il parlt fort haut, personne ne lui rpondit. Ce silence augmenta son tonnement. Il passa dans une cour trs-spacieuse, et regardant de tous cts pour voir s'il ne dcouvrirait point quelqu'un, il n'aperut pas le moindre tre vivant...
:Mais, sire, dit Scheherazade en cet endroit, le jour, qui parat, vient m'imposer silence. - Ah ! ma soeur, dit Dinarzade, vous nous laissez au plus bel endroit ! - Il est vrai, rpondit la sultane ; mais, ma soeur, vous en voyez la ncessit. Il ne tiendra qu'au sultan mon seigneur que vous n'entendiez le reste demain. Ce ne fut pas tant pour faire plaisir  Dinarzade que Schahriar laissa vivre encore la sultane, que pour contenter la curiosit qu'il avait d'apprendre ce qui se passerait dans ce chteau.
:Le chteau, de trois cts, tait environn d'un jardin, que les parterres, les pices d'eau, les bosquets et mille autres agrments concouraient  embellir ; et ce qui achevait de rendre ce lieu admirable, c'tait une infinit d'oiseaux, qui y remplissaient l'air de leurs chants harmonieux, et qui y faisaient toujours leur demeure, parce que des filets tendus au-dessus des arbres et du palais les empchaient d'en sortir.
:Hlas ! seigneur, lui rpondit le jeune homme, comment pourrais-je n'tre pas afflig ? et le moyen que mes yeux ne soient pas des sources intarissables de larmes ?  ces mots ; ayant lev sa robe, il fit voir au sultan qu'il n'tait homme que depuis la tte jusqu' la ceinture, et que l'autre moiti de son corps tait de marbre noir...
:Vous saurez, seigneur, continua-t-il, que mon pre, qui s'appelait Mahmoud, tait roi de cet tat. C'est le royaume des les Noires, qui prend son nom des quatre petites montagnes voisines : car ces montagnes taient ci-devant des les ; et la capitale, o le roi mon pre faisait son sjour, tait dans l'endroit o est prsentement cet tang que vous avez vu. La suite de mon histoire vous instruira de tous ces changements.
:Le roi mon pre mourut  l'ge de soixante-dix ans. Je n'eus pas plus tt pris sa place, que je me mariai ; et la personne que je choisis pour partager la dignit royale avec moi, tait ma cousine. J'eus tout lieu d'tre content des marques d'amour qu'elle me donna ; et, de mon ct, je conus pour elle tant de tendresse, que rien n'tait comparable  notre union, qui dura cinq annes. Au bout de ce temps-l, je m'aperus que la reine ma cousine n'avait plus de got pour moi.
:Un jour qu'elle tait au bain l'aprs-dne, je me sentis une envie de dormir, et je me jetai sur un sofa. Deux de ses femmes qui se trouvrent alors dans ma chambre, vinrent s'asseoir, l'une  ma tte, et l'autre  mes pieds, avec un ventail  la main, tant pour modrer la chaleur, que pour me garantir des mouches qui auraient pu troubler mon sommeil. Elles me croyaient endormi, et elles s'entretenaient tout bas ; mais j'avais seulement les yeux ferms, et je ne perdis pas une parole de leur conversation.
:Assurment, rpondit la seconde. Pour moi, je n'y comprends rien, et je ne sais pourquoi elle sort toutes les nuits, et le laisse seul. Est-ce qu'il ne s'en aperoit pas ? - H ! comment voudrais-tu qu'il s'en apert ? reprit la premire : elle mle tous les soirs dans sa boisson un certain suc d'herbe qui le fait dormir toute la nuit d'un sommeil si profond, qu'elle a le temps d'aller o il lui plat ; et  la pointe du jour, elle vient se recoucher auprs de lui ; alors elle le rveille, en lui passant sous le nez une certaine odeur.
:La reine revint du bain ; nous soupmes ensemble, et, avant que de nous coucher, elle me prsenta elle-mme la tasse pleine d'eau que j'avais coutume de boire ; mais au lieu de la porter  ma bouche, je m'approchai d'une fentre qui tait ouverte, et je jetai l'eau si adroitement, qu'elle ne s'en aperut pas. Je lui remis ensuite la tasse entre les mains, afin qu'elle ne doutt point que je n'eusse bu.
:Comme la reine achevait ces paroles, son amant et elle, se trouvant au bout de l'alle, tournrent pour entrer dans une autre, et passrent devant moi. J'avais dj tir mon sabre, et comme l'amant tait de mon ct, je le frappai sur le cou et le renversai par terre. Je crus l'avoir tu, et, dans cette opinion, je me retirai brusquement sans me faire connatre  la reine, que je voulus pargner,  cause qu'elle tait ma parente.
:Cependant le coup que j'avais port  son amant tait mortel ; mais elle lui conserva la vie par la force de ses enchantements, d'une manire, toutefois, qu'on peut dire de lui qu'il n'est ni mort ni vivant. Comme je traversais le jardin pour regagner le palais, j'entendis la reine qui poussait de grands cris, et, jugeant par l de sa douleur, je me sus bon gr de lui avoir laiss la vie.
:Scheherazade fut oblige de s'arrter en cet endroit parce qu'elle vit paratre le jour : Bon Dieu, ma soeur, dit alors Dinarzade, je suis bien fche que vous n'en puissiez pas dire davantage. - Ma soeur, rpondit la sultane, vous deviez me rveiller de meilleure heure ; c'est votre faute. - Je la rparerai, s'il plat  Dieu, cette nuit, rpliqua Dinarzade : car je ne doute pas que le sultan n'ait autant d'envie que moi de savoir la fin de cette histoire, et j'espre qu'il aura la bont de vous laisser vivre encore jusqu' demain.
:Je ne fus pas fch qu'elle prt ce prtexte pour cacher le vritable sujet de son affliction, et je jugeai qu'elle ne me souponnait pas d'avoir tu son amant : Madame, lui dis-je, loin de blmer votre douleur, je vous assure que j'y prends toute la part que je dois. Je serais extrmement surpris que vous fussiez insensible  la perte que vous avez faite. Pleurez ; vos larmes sont d'infaillibles marques de votre excellent naturel. J'espre nanmoins que le temps et la raison pourront apporter de la modration  vos dplaisirs.
:Elle se retira dans son appartement, o, se livrant sans rserve  ses chagrins, elle passa une anne entire  pleurer et  s'affliger. Au bout de ce temps-l, elle me demanda la permission de faire btir le lieu de sa spulture dans l'enceinte du palais, o elle voulait, disait-elle, demeurer jusqu' la fin de ses jours. Je le lui permis, et elle fit btir un palais superbe, avec un dme qu'on peut voir d'ici, et elle l'appela le Palais des Larmes.
:Quand il fut achev, elle y fit porter son amant, qu'elle avait fait transporter o elle avait jug  propos, la mme nuit que je l'avais bless. Elle l'avait empch de mourir jusqu'alors par des breuvages qu'elle lui avait fait prendre, et elle continua de lui en donner et de les lui porter elle-mme tous les jours, ds qu'il fut au Palais des Larmes.
:Je vous avoue, seigneur, que je fus indign de ces paroles : car enfin, cet amant chri, ce mortel ador, n'tait pas tel que vous pourriez vous l'imaginer : c'tait un Indien noir, originaire de ces pays. Je fus, dis-je, tellement indign de ce discours, que je me montrai brusquement ; et apostrophant le mme tombeau,  mon tour :  tombeau ! m'criai-je, que n'engloutis-tu ce monstre qui fait horreur  la nature ! ou plutt, que ne consumes-tu l'amant et la matresse !
:Ma chre soeur, dit alors Dinarzade, je suis bien oblige au sultan ; c'est  sa bont que je dois l'extrme plaisir que je prends  vous couter. - Ma soeur, lui rpondit la sultane, si cette mme bont veut bien encore me laisser vivre jusqu' demain, vous entendrez des choses qui ne vous feront pas moins de plaisir que celles que je viens de vous raconter. Quand Schahriar n'aurait pas rsolu de diffrer d'un mois la mort de Scheherazade, il ne l'aurait pas fait mourir ce jour-l.
:La magicienne arriva bientt. Son premier soin fut d'aller dans la chambre o tait le roi des les Noires, son mari. Elle le dpouilla, et commena de lui donner sur les paules les cent coups de nerf de boeuf, avec une barbarie qui n'a pas d'exemple. Le pauvre prince avait beau remplir le palais de ses cris et la conjurer de la manire du monde la plus touchante d'avoir piti de lui, la cruelle ne cessa de le frapper qu'aprs lui avoir donn les cent coups : Tu n'as pas eu compassion de mon amant, lui disait-elle, tu n'en dois point attendre de moi...
:Ma chre soeur, rpondit la sultane, je ne demande pas mieux que de vous l'apprendre demain ; mais vous savez que cela dpend de la volont du sultan. Aprs ce que Schahriar venait d'entendre, il tait bien loign de vouloir faire mourir Scheherazade ; au contraire : Je ne veux pas lui ter la vie, disait-il en lui-mme, qu'elle n'ait achev cette histoire tonnante, quand le rcit en devrait durer deux mois : il sera toujours en mon pouvoir de garder le serment que j'ai fait.
:Dinarzade n'eut pas plus tt jug qu'il tait temps d'appeler la sultane, qu'elle lui dit : Ma chre soeur, si vous ne dormez pas, je vous supplie de nous raconter ce qui se passa dans le Palais des Larmes. Schahriar ayant tmoign qu'il avait la mme curiosit que Dinarzade, la sultane prit la parole, et reprit ainsi l'histoire du jeune prince enchant.
:L'entretien du sultan et du roi des les Noires se termina par les plus tendres embrassements. Aprs quoi, le jeune prince ne songea qu'aux prparatifs de son voyage. Ils furent achevs en trois semaines, au grand regret de toute sa cour et de ses sujets, qui reurent de sa main un de ses proches parents pour leur roi.
:Scheherazade finit l le conte du pcheur et du gnie. Dinarzade lui marqua qu'elle y avait pris un plaisir infini, et Schahriar lui ayant tmoign la mme chose, elle leur dit qu'elle en savait un autre plus beau que celui-l, et que si le sultan le lui voulait permettre, elle le raconterait le lendemain, car le jour commenait  paratre. Schahriar, se souvenant du dlai d'un mois qu'il avait accord  la sultane, et curieux d'ailleurs de savoir si ce nouveau conte serait aussi agrable qu'elle le promettait, se leva dans le dessein de l'entendre la nuit suivante.
:Dinarzade, suivant sa coutume, n'oublia pas d'appeler la sultane lorsqu'il en fut temps : Ma chre soeur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour, de me raconter un de ces beaux contes que vous savez. Scheherazade, sans lui rpondre, commena d'abord, et adressant la parole au sultan :
:HISTOIRE DE TROIS CALENDERS, FILS DE ROIS, ET DE CINQ DAMES DE BAGDAD. Sire, dit-elle, en adressant la parole au sultan, sous le rgne du calife Haroun Alraschid, il y avait  Bagdad, o il faisait sa rsidence, un porteur qui, malgr sa profession basse et pnible, ne laissait pas d'tre homme d'esprit et de bonne humeur. Un matin qu'il tait,  son ordinaire, avec un grand panier  jour prs de lui, dans une place o il attendait que quelqu'un et besoin de son ministre, une jeune dame de belle taille, couverte d'un grand voile de mousseline, l'aborda, et lui dit d'un air gracieux :
:D'abord la dame s'arrta devant une porte forme, et frappa. Un chrtien, vnrable par une longue barbe blanche, ouvrit, et elle lui mit de l'argent dans la main, sans lui dire un seul mot. Mais le chrtien, qui savait ce qu'elle demandait, rentra, et peu de temps aprs apporta une grosse cruche d'un vin excellent : Prenez cette cruche, dit la dame au porteur, et la mettez dans votre panier. Cela tant fait, elle lui commanda de la suivre, puis elle continua de marcher, et le porteur continua de dire :  jour de flicit !  jour d'agrable surprise et de joie !
:Elle entra chez un droguiste, o elle se fournit de toutes sortes d'eaux de senteur, de clous de girofle, de muscade, de poivre, de gingembre, d'un gros morceau d'ambre gris, et de plusieurs autres piceries des Indes ; ce qui acheva de remplir le panier du porteur, auquel elle dit encore de la suivre. Alors ils marchrent tous deux jusqu' ce qu'ils arrivrent  un htel magnifique dont la faade tait orne de belles colonnes, et qui avait une porte d'ivoire. Ils s'y arrtrent, et la dame frappa un petit coup...
:En cet endroit, Scheherazade aperut qu'il tait jour, et cessa de parler. Franchement, ma soeur, dit Dinarzade, voil un commencement qui donne beaucoup de curiosit : je crois que le sultan ne voudra pas se priver du plaisir d'entendre la suite. Effectivement, Schahriar, loin d'ordonner la mort de la sultane, attendit impatiemment la nuit suivante, pour apprendre ce qui se passerait dans l'htel dont elle avait parl.
:La dame qui avait amen le porteur s'aperut du dsordre qui se passait dans son me et du sujet qui le causait. Cette dcouverte la divertit, et elle prenait tant de plaisir  examiner la contenance du porteur, qu'elle ne songeait pas que la porte tait ouverte : Entrez donc, ma soeur, lui dit la belle portire ; qu'attendez-vous ? Ne voyez-vous pas que ce pauvre homme est si charg qu'il n'en peut plus ?
:Dinarzade, le lendemain, ne manqua pas de rveiller la sultane  l'heure ordinaire et de lui dire : Ma chre soeur, si vous ne dormez pas, je vous prie, en attendant le jour, qui paratra bientt, de poursuivre le merveilleux conte que vous avez commenc. Scheherazade prit alors la parole, et s'adressant au sultan : Sire, dit-elle, je vais, avec votre permission, contenter la curiosit de ma soeur. En mme temps elle reprit ainsi l'histoire des trois calenders :
:- Madame, repartit le porteur, je vous promets d'observer cette condition avec tant d'exactitude que vous n'aurez pas lieu de me reprocher d'y avoir contrevenu, et encore moins de punir mon indiscrtion : ma langue, en cette occasion, sera immobile, et mes yeux seront comme un miroir qui ne conserve rien des objets qu'il a reus. - Pour vous faire voir, reprit Zobide d'un air trs srieux, que ce que nous vous demandons n'est pas nouvellement tabli parmi nous, levez-vous et allez lire ce qui est crit au dessus de notre porte en dedans.
:Le porteur alla jusque l, et y lut ces mots, qui taient crits en gros caractres d'or : Qui parle de choses qui ne le regardent point entend ce qui ne lui plat pas. Il revint ensuite trouver les trois soeurs : Mesdames, leur dit-il, je vous jure que vous ne m'entendrez parler d'aucune chose qui ne me regardera pas et o vous puissiez avoir intrt.
:Zobide et Amine firent difficult d'accorder  Safie ce qu'elle demandait, et elle en savait bien la raison elle-mme. Mais elle leur tmoigna une si grande envie d'obtenir d'elles cette faveur, qu'elles ne purent la lui refuser. Allez, lui dit Zobide, faites-les donc entrer ; mais n'oubliez pas de les avertir de ne point parler de ce qui ne les regardera pas, et de leur faire lire ce qui est crit au-dessus de la porte.  ces mots, Safie courut ouvrir avec joie, et peu de temps aprs, elle revint accompagne des trois calenders.
:- Bonhomme, reprit le calender qui avait parl, ne vous mettez point en colre ; nous serions bien fchs de vous en avoir donn le moindre sujet, et nous sommes, au contraire, prts  recevoir vos commandements. La querelle aurait pu avoir de la suite ; mais les dames s'en mlrent et pacifirent toutes choses.
:Quand les calenders se furent assis  table, les dames leur servirent  manger, et l'enjoue Safie particulirement prit soin de leur verser  boire... Scheherazade s'arrta en cet endroit, parce qu'elle remarqua qu'il tait jour. Le sultan se leva pour aller remplir ses devoirs, se promettant bien d'entendre la suite de ce conte le lendemain, car il avait grande envie d'apprendre pourquoi les calenders taient borgnes et tous trois du mme oeil.
:Au plus fort de ce divertissement et lorsque la compagnie tait le plus en joie, on frappa  la porte. Safie cessa de chanter et alla voir ce que c'tait. Mais, sire, dit en cet endroit Scheherazade au sultan, il est bon que votre majest sache pourquoi l'on frappait si tard  la porte des dames, et en voici la raison. Le calife Haroun Alraschid avait coutume de marcher trs-souvent la nuit incognito, pour savoir par lui-mme si tout tait tranquille dans la ville et s'il ne s'y commettait pas de dsordres.
:Safie ne demeura pas  rien faire : elle balaya la salle, mit  sa place tout ce qui tait drang, moucha les bougies et y appliqua d'autres bois d'alos et d'autre ambre gris. Cela tant fait, elle pria les trois calenders de s'asseoir sur le sofa d'un ct, et le calife de l'autre avec sa compagnie.  l'gard du porteur, elle lui dit : Levez-vous, et vous prparez  nous prter la main  ce que nous allons faire ; un homme tel que vous, qui est comme de la maison, ne doit pas demeurer dans l'inaction.
:Le porteur ramena la chienne fouette au cabinet, et en revenant il prit l'autre des mains d'Amine et l'alla prsenter  Zobide, qui l'attendait. Tenez-la comme la premire, lui dit-elle ; puis ayant repris le fouet, elle la maltraita de la mme manire. Elle pleura ensuite avec elle, essuya ses pleurs, la baisa et la remit au porteur,  qui l'agrable Amine pargna la peine de la remettre au cabinet, car elle s'en chargea elle-mme.
:Le calife, sa compagnie et les calenders avaient cru que le porteur tait du logis, et qu'il pourrait les informer de ce qu'ils dsiraient savoir. Le calife, rsolu de satisfaire sa curiosit  quelque prix que ce ft, dit aux autres : coutez, puisque nous voil sept hommes et que nous n'avons affaire qu' trois dames, obligeons-les  nous donner l'claircissement que nous souhaitons. Si elles refusent de nous le donner de bon gr, nous sommes en tat de les y contraindre.
:En cet endroit, le vizir tira le calife  part, et lui parlant tout bas : Seigneur, poursuivit-il, la nuit ne durera pas encore longtemps ; que votre majest se donne un peu de patience. Je viendrai prendre ces dames demain matin, je les amnerai devant votre trne, et vous apprendrez d'elles tout ce que vous voulez savoir. Quoique ce conseil ft trs-judicieux, le calife le rejeta, imposa silence au vizir, en lui disant qu'il prtendait avoir  l'heure mme l'claircissement qu'il dsirait.
:Il ne s'agissait plus que de savoir qui porterait la parole. Le calife tcha d'engager les calenders  parler les premiers ; mais ils s'en excusrent.  la fin, ils convinrent tous ensemble que ce serait le porteur. Il se prparait  faire la question fatale, lorsque Zobide, aprs avoir secouru Amine, qui tait revenue de son vanouissement, s'approcha d'eux. Comme elle les avait ous parler haut et avec chaleur, elle leur dit : Seigneurs, de quoi parlez-vous ? quelle est votre contestation ?
:Il est ais de se reprsenter quelle fut la frayeur du calife. Il se repentit alors, mais trop tard, de n'avoir pas voulu suivre le conseil de son vizir. Cependant ce malheureux prince, Giafar, Mesrour, le porteur et les calenders taient prs de payer de leurs vies leur indiscrte curiosit ; mais avant qu'ils reussent le coup de la mort, un des esclaves dit  Zobide et  ses soeurs :
:Zobide, malgr sa colre, ne put s'empcher de rire en elle-mme des lamentations du porteur. Mais, sans s'arrter  lui, elle adressa la parole aux autres une seconde fois. Rpondez-moi, dit-elle, et m'apprenez qui vous tes : autrement vous n'avez plus qu'un moment  vivre. Je ne puis croire que vous soyez d'honntes gens ni des personnes d'autorit ou de distinction dans votre pays, quel qu'il puisse tre. Si cela tait, vous auriez eu plus de retenue et plus d'gards pour nous.
:Zobide fit la mme question aux deux autres calenders, qui lui firent la mme rponse que le premier. Mais le dernier qui parla ajouta : Pour vous faire connatre, madame, que nous ne sommes pas des personnes du commun, et afin que vous ayez quelque considration pour nous, apprenez que nous sommes tous trois fils de rois. Quoique nous ne nous soyons jamais vus que ce soir, nous avons eu toutefois le temps de nous faire connatre les uns aux autres pour ce que nous sommes, et j'ose vous assurer que les rois de qui nous tenons le jour font quelque bruit dans le monde.
:Donnez, leur un peu de libert, mais demeurez ici. Ceux qui nous raconteront leur histoire et le sujet qui les a amens en cette maison, ne leur faites point de mal, laissez-les aller o il leur plaira ; mais n'pargnez pas ceux qui refuseront de nous donner cette satisfaction...  ces mots, Shhrazade se tut, et son silence, aussi bien que le jour qui paraissait, faisant connatre  Schahriar qu'il tait temps qu'il se levt, ce prince le fit, se proposant d'entendre le lendemain Scheherazade, parce qu'il souhaitait de savoir qui taient les trois calenders borgnes.
:Madame, pour vous apprendre pourquoi j'ai perdu mon oeil droit, et la raison qui m'a oblig de prendre l'habit de calender, je vous dirai que je suis n fils de roi. Le roi mon pre avait un frre qui rgnait comme lui dans un tat voisin. Ce frre eut deux enfants, un prince et une princesse, et le prince et moi nous tions  peu prs de mme ge.
:Fidle  mon serment, je n'en voulus pas savoir davantage ; je prsentai la main  la dame, et aux enseignes que le prince mon cousin m'avait donnes, je la conduisis heureusement au clair de la lune sans m'garer. . peine fmes-nous arrivs au tombeau, que nous vmes paratre le prince, qui nous suivait, charg d'une petite cruche pleine d'eau, d'une houe et d'un petit sac o il y avait du pltre.
:J'arrivai  la capitale, o le roi mon pre faisait sa rsidence, et, contre l'ordinaire, je trouvai  la port de son palais une grosse garde dont je fus environn en entrant. J'en demandai la raison, et l'officier, prenant la parole, me rpondit : Prince, l'arme a reconnu le grand vizir  la place du roi votre pre, qui n'est plus, et je vous arrte prisonnier, de la part du nouveau roi.  ces mots, les gardes se saisirent de moi et me conduisirent devant le tyran. Jugez, madame, de ma surprise et de ma douleur.
:Nous nous dguismes l'un et l'autre, et nous sortmes par une porte du jardin qui ouvrait sur la campagne. Nous fmes assez heureux pour trouver bientt ce que nous cherchions. Je reconnus le tombeau et j'en eus d'autant plus de joie que je l'avais en vain cherch longtemps. Nous y entrmes, et nous trouvmes la trappe de fer abattue sur l'entre de l'escalier. Nous emes de la peine  la lever, parce que le prince l'avait scelle en dedans avec le pltre et l'eau dont j'ai parl ; mais enfin nous la levmes.
:Le roi mon oncle descendit le premier. Je le suivis, et nous descendmes environ cinquante degrs. Quand nous fmes au bas de l'escalier, nous nous trouvmes dans une espce d'antichambre remplie d'une fume paisse et de mauvaise odeur, dont la lumire que rendait un trs-beau lustre tait obscurcie.
:Il n'y avait pas longtemps que nous tions de retour au palais, sans que personne se ft aperu de notre absence, lorsque nous entendmes un bruit confus de trompettes, de timbales, de tambours et d'autres instruments de guerre. Une poussire paisse dont l'air tait obscurci nous apprit bientt ce que c'tait, et nous annona l'arrive d'une arme formidable. C'tait le mme vizir qui avait dtrn mon pre et usurp ses tats, qui venait pour s'emparer aussi de ceux du roi mon oncle, avec des troupes innombrables.
:Cependant il tait tard, et nous ne savions o aller loger dans une ville o nous n'avions aucune habitude, et o nous n'tions jamais venus. Mais notre bonne fortune nous ayant conduits devant votre porte, nous avons pris la libert de frapper ; vous nous avez reus avec tant de charit et de bont que nous ne pouvons assez vous en remercier. Voil, madame, ajouta-t-il, ce que vous m'avez command de vous raconter : pourquoi j'ai perdu mon oeil droit, pourquoi j'ai la barbe et les sourcils ras et pourquoi je suis en ce moment chez vous.
:- C'est assez, dit Zobide, nous sommes contentes ; retirez-vous o il vous plaira. Le calender s'en excusa et supplia la dame de lui permettre de demeurer, pour avoir la satisfaction d'entendre l'histoire de ses deux confrres, qu'il ne pouvait, disait-il, abandonner honntement, et celle des trois autres personnes de la compagnie.
:Sire, l'histoire du premier calender parut trange  toute la compagnie et particulirement au calife. La prsence des esclaves avec leurs sabres  la main ne l'empcha pas de dire tout bas au vizir : Depuis que je me connais, j'ai bien entendu des histoires, mais je n'ai jamais rien ou qui approcht de celle de ce calender. Pendant qu'il parlait ainsi, le second calender prit la parole, et l'adressant  Zobide :
:Il y avait un mois que nous tions en marche lorsque nous dcouvrmes de loin un gros nuage de poussire, sous lequel nous vmes bientt paratre cinquante cavaliers bien arms. C'taient des voleurs, qui venaient  nous au grand galop... Scheherazade tant en cet endroit, aperut le jour et en avertit le sultan, qui se leva ; mais voulant savoir ce qui se passerait entre les cinquante cavaliers et l'ambassadeur des Indes, ce prince attendit la nuit suivante impatiemment.
:En cet endroit, Scheherazade, s'apercevant qu'il tait jour, fut oblige de s'arrter. Ah ! ma soeur, dit Dinarzade, je suis bien fche que vous ne puissiez pas continuer cette histoire. - Si vous n'aviez pas t paresseuse aujourd'hui, rpondit la sultane, j'en aurais dit davantage. - H bien ! reprit Dinarzade, je serai demain plus diligente, et j'espre que vous ddommagerez la curiosit du sultan de ce que ma ngligence lui a fait perdre. Schahriar se leva sans rien dire, et alla  ses occupations ordinaires.
:Me voil donc, madame, dit le calender, seul, bless, destitu de tout secours, dans un pays qui m'tait inconnu. Je n'osai reprendre le grand chemin, de peur de retomber entre les mains de ces voleurs. Aprs avoir band ma plaie, qui n'tait pas dangereuse, je marchai le reste du jour et j'arrivai au pied d'une montagne, o j'aperus  demi-cte l'ouverture d'une grotte : j'y entrai et j'y passai la nuit peu tranquillement, aprs avoir mang quelques fruits que j'avais cueillis en mon chemin.
:Je continuai de marcher le lendemain et les jours suivants, sans trouver d'endroit o m'arrter. Mais au bout d'un mois je dcouvris une grande ville trs-peuple et situe d'autant plus avantageusement qu'elle tait arrose, aux environs, de plusieurs rivires, et qu'il y rgnait un printemps perptuel.
:Les objets agrables qui se prsentrent alors  mes yeux me causrent de la joie, et suspendirent pour quelques moments la tristesse mortelle o j'tais de me voir en l'tat o je me trouvais. J'avais le visage, les mains et les pieds d'une couleur basane, car le soleil me les avait brls, et  force de marcher, ma chaussure s'tait use, et j'avais t rduit  marcher nu-pieds : outre cela, mes habits taient tout en lambeaux.
:J'entrai dans la ville pour prendre langue et m'informer du lieu o j'tais ; je m'adressai  un tailleur qui travaillait  sa boutique.  ma jeunesse et  mon air qui marquait autre chose que ce que je paraissais, il me fit asseoir prs de lui. Il me demanda qui j'tais, d'o je venais et ce qui m'avait amen. Je ne lui dguisai rien de tout ce qui m'tait arriv, et je ne fis pas mme difficult de lui dcouvrir ma condition.
:Je remerciai le tailleur de l'avis qu'il me donnait, et lui tmoignai que je me remettais entirement  ses bons conseils et que je n'oublierais jamais le plaisir qu'il me ferait. Comme il jugea que je ne devais pas manquer d'apptit, il me fit apporter  manger et m'offrit mme un logement chez lui, ce que j'acceptai.
:Il y avait plus d'une anne que je vivais de cette sorte lorsqu'un jour, ayant pntr dans la fort plus avant que de coutume, j'arrivai dans un endroit fort agrable, o je me mis  couper du bois. En arrachant une racine d'arbre, j'aperus un anneau de fer attach  une trappe de mme mtal ; j'tai aussitt la terre qui la couvrait, je la levai, et je vis un escalier par o je descendis avec ma cogne.
:Quand je fus au bas de l'escalier, je me trouvai dans un vaste palais, qui me causa une grande admiration par la lumire qui l'clairait, comme s'il et t sur la terre dans l'endroit le mieux expos. Je m'avanai par une galerie soutenue de colonnes de jaspe, avec des bases et des chapiteaux d'or massif ; mais voyant venir au-devant de moi une dame, elle me parut avoir un air si noble, si ais, et une beaut si extraordinaire, que, dtournant mes yeux de tout autre objet, je m'attachai uniquement  la regarder.
:L, Scheherazade cessa de parler, parce qu'elle vit qu'il tait jour. Ma chre soeur, dit alors Dinarzade, je vous avoue que je suis fort contente de ce que vous avez racont aujourd'hui, et je m'imagine que ce qui vous reste  raconter n'est pas moins merveilleux. - Vous ne vous trompez pas, rpondit la sultane, car la suite de l'histoire de ce second calender est plus digne de l'attention du sultan mon seigneur que tout ce qu'il a entendu jusqu' prsent. - J'en doute, dit Schahriar en se levant ; mais nous verrons cela demain.
:Pour pargner  la belle dame, dit-il, la peine de venir jusqu' moi, je me htai de la joindre, et dans le temps que je lui faisais une profonde rvrence, elle me dit : Qui tes-vous ? tes-vous homme ou gnie ? - Je suis homme, madame, lui rpondis-je en me relevant, et je n'ai point de commerce avec les gnies. - Par quelle aventure, reprit-elle avec un grand soupir, vous trouvez-vous ici ? Il y a vingt-cinq ans que j'y demeure, et pendant tout ce temps-l je n'y ai pas vu d'autre homme que vous.
:Sa grande beaut, qui m'avait dj donn dans la vue, sa douceur et l'honntet avec laquelle elle me recevait, me donnrent la hardiesse de lui dire : Madame, avant que j'aie l'honneur de satisfaire votre curiosit, permettez-moi de vous dire que je me sais un gr infini de cette rencontre imprvue, qui m'offre l'occasion de me consoler dans l'affliction o je suis et peut-
:tre celle de vous rendre plus heureuse que vous n'tes. Je lui racontai fidlement par quel trange accident elle voyait en ma personne le fils d'un roi dans l'tat o je paraissais en sa prsence, et comment le hasard avait voulu que je dcouvrisse l'entre de la prison magnifique o je la trouvais, mais ennuyeuse selon toutes les apparences.
:- Hlas ! prince, dit-elle en soupirant encore, vous avez bien raison de croire que cette prison si riche et si pompeuse ne laisse pas d'tre un sjour fort ennuyeux. Les lieux les plus charmants ne sauraient plaire lorsqu'on y est contre sa volont. Il n'est pas possible que vous n'ayez jamais entendu parler du grand Epitimarus, roi de l'le d'bne, ainsi nomme  cause de ce bois prcieux qu'elle produit si abondamment. Je suis la princesse sa fille.
:Je me serais estim trop heureux d'obtenir une si grande faveur en la demandant, pour la refuser aprs une offre si obligeante. La princesse me fit entrer dans un bain le plus propre, le plus commode et le plus somptueux que l'on puisse s'imaginer, et lorsque j'en sortis,  la place de mon habit, j'en trouvai un autre trs-riche, que je pris moins pour sa richesse que pour me rendre plus digne d'tre avec elle.
:Nous nous assmes sur un sofa garni d'un superbe tapis et de coussins d'appui du plus beau brocart des Indes, et quelque temps aprs, elle mit sur une table des mets trs-dlicats. Nous mangemes ensemble, nous passmes le reste de la journe trs agrablement, et la nuit elle me reut dans son lit.
:Le lendemain, comme elle cherchait tous les moyens de me faire plaisir, elle servit au dner une bouteille de vin vieux, le plus excellent que l'on puisse goter, et elle voulut bien par complaisance en boire quelques coups avec moi. Quand j'eus la tte un peu chauffe de cette liqueur agrable : Belle princesse, lui dis-je, il y a trop longtemps que vous tes enterre toute vive. Suivez-moi, venez jouir de la clart du vritable jour, dont vous tes prive depuis tant d'annes. Abandonnez la fausse lumire dont vous jouissez ici.
:Le talisman ne fut pas si tt rompu que le palais s'branla, prt  s'crouler, avec un bruit effroyable et pareil  celui du tonnerre, accompagn d'clairs redoubls et d'une grande obscurit. Ce fracas pouvantable dissipa en un moment les fumes du vin et me fit connatre, mais trop tard, la faute que j'avais faite. Princesse, m'criai-je, que signifie ceci ? Elle me rpondit, tout effraye et sans penser  son propre malheur :
: cette rponse, le gnie, furieux, lui dit : Vous tes une impudente, une menteuse : la cogne et les pabouches que voil, pourquoi se trouvent-elles ici ? - Je ne les ai jamais vues qu'en ce moment, reprit la princesse. De l'imptuosit dont vous tes venu, vous les avez peut-tre enleves avec vous en passant par quelque endroit, et vous les avez apportes sans y prendre garde.
:Il est vrai, disais-je, qu'elle est prisonnire depuis vingt-cinq ans ; mais, la libert  part, elle n'avait rien  dsirer pour tre heureuse. Mon emportement met fin  son bonheur et la soumet  la cruaut d'un dmon impitoyable. J'abaissai la trappe, la recouvris de terre et retournai  la ville, avec une charge de bois, que j'accommodai sans savoir ce que je faisais, tant j'tais troubl et afflig.
: ce discours je changeai de couleur et tout le corps me trembla. Le tailleur m'en demandait le sujet, lorsque le pav de ma chambre s'entr'ouvrit. Le vieillard, qui n'avait pas eu la patience d'attendre, parut et se prsenta  nous avec la cogne et les babouches. C'tait le gnie ravisseur de la belle princesse de l'le d'bne, qui s'tait ainsi dguis, aprs l'avoir traite avec la dernire barbarie. Je suis gnie, nous dit-il, fils de la fille d'Eblis, prince des gnies. N'est-ce pas l ta cogne ? ajouta-t-il en s'adressant  moi. Ne sont-ce pas l tes babouches ?
:Eh bien, dit le gnie en tirant un sabre et le prsentant  la princesse, si tu ne l'as jamais vu, prends ce sabre et lui coupe la tte. - Hlas ! dit la princesse, comment pourrais-je excuter ce que vous exigez de moi ? Mes forces sont tellement puises que je ne saurais lever le bras, et quand je le pourrais, aurais-je le courage de donner la mort  une personne que je ne connais point,  un innocent ? - Ce refus, dit alors le gnie  la princesse, me fait connatre tout ton crime. Ensuite, se tournant de mon ct :
:- Je vois bien, dit le gnie, que vous me bravez l'un et l'autre, et que vous insultez  ma jalousie. Mais par le traitement que je vous ferai, vous connatrez tous deux de quoi je suis capable.  ces mots le monstre reprit le sabre, et coupa une des mains de la princesse, qui n'eut que le temps de me faire un signe de l'autre, pour me dire un ternel adieu, car le sang qu'elle avait dj perdu et celui qu'elle perdit alors ne lui permirent pas de vivre plus d'un moment ou deux aprs cette dernire cruaut dont le spectacle me fit vanouir.
:Le bon homme, ayant fait cette acquisition, prit l'habit de derviche, pour mener une vie plus retire, et fit faire plusieurs cellules dans la maison, o il tablit en peu de temps une communaut nombreuse de derviches. Sa vertu le fit bientt connatre et ne manqua pas de lui attirer une infinit de monde, tant du peuple que des principaux de la ville. Enfin chacun l'honorait et le chrissait extrmement. On venait aussi de bien loin se recommander  ses prires, et tous ceux qui se retiraient d'auprs de lui publiaient les bndictions qu'ils croyaient avoir reues du ciel par son moyen.
:Lorsque l'envieux se vit seul avec ce bon homme, il commena de lui raconter ce qui lui plut, en marchant l'un  ct de l'autre dans la cour, jusqu' ce que se trouvant sur le bord de la citerne, il le poussa et le jeta dedans sans que personne ft tmoin d'une si mchante action. Cela tant fait, il s'loigna promptement, gagna la porte du couvent, d'o il sortit sans tre vu, et retourna chez lui, fort content de son voyage et persuad que l'objet de son envie n'tait plus au monde. Mais il se trompait fort.
:- Oui, rpondit Scheherazade ; et le second calender poursuivant son histoire : La vieille citerne, dit-il, tait habite par des fes et par des gnies, qui se trouvrent si  propos pour secourir le chef des derviches, qu'ils le reurent et le soutinrent jusqu'au bas, de manire qu'il ne se fit aucun mal. Il s'aperut bien qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire dans une chute dont il devait perdre la vie ; mais il ne voyait ni ne sentait rien. Nanmoins il entendit bientt une voix qui dit :
:Le chef des derviches ne perdit pas un mot de cet entretien des fes et des gnies, qui gardrent un grand silence toute la nuit aprs avoir dit ces paroles. Le lendemain au commencement du jour, ds qu'il put distinguer les objets, comme la citerne tait dmolie en plusieurs endroits, il aperut un trou par o il sortit sans peine.
:Les derviches, qui le cherchaient, furent ravis de le revoir. Il leur raconta en peu de mots la mchancet de l'hte qu'il avait si bien reu le jour prcdent, et se retira dans sa cellule. Le chat noir dont il avait ou parler la nuit dans l'entretien des fes et des gnies ne fut pas longtemps  venir lui faire des caresses  son ordinaire. Il lui arracha sept brins de poil de la tache blanche qu'il avait  la queue, et les mit  part pour s'en servir quand il en aurait besoin.
:Il n'y avait pas longtemps que le soleil tait lev lorsque le sultan, qui ne voulait rien ngliger de ce qu'il croyait pouvoir apporter une prompte gurison  la princesse, arriva  la porte du couvent. Il ordonna  sa garde de s'y arrter, et entra avec les principaux officiers qui l'accompagnaient. Les derviches le reurent avec un profond respect.
:Le sultan tira leur chef  l'cart : Bon scheikh, lui dit-il, vous savez peut-tre dj le sujet qui m'amne. - Oui, sire, rpondit modestement le derviche : c'est, si je ne me trompe, la maladie de la princesse qui m'attire cet honneur que je ne mrite pas. - C'est cela mme, rpliqua le sultan. Vous me rendriez la vie si, comme je l'espre, vos prires obtenaient la gurison de ma fille. - Sire, repartit le bon homme, si votre majest veut bien la faire venir ici, je me flatte, par l'aide et faveur Dieu, qu'elle retournera en parfaite sant.
:Le prince, transport de joie, envoya sur-le-champ chercher sa fille, qui parut bientt accompagne d'une nombreuse suite de femmes et d'eunuques, et voile de manire qu'on ne lui voyait pas le visage. Le chef des derviches fit tenir un pole au-dessus de la tte de la princesse, et il n'eut pas si tt pos les sept brins de poil sur les charbons allums qu'il avait fait apporter, que le gnie Maimoun, fils de Dimdim, fit un grand cri, sans que l'on vt rien, et laissa la princesse libre.
:Le bon derviche, dit-il, tant donc mont sur le trne de son beau-pre, un jour qu'il tait au milieu de sa cour dans une marche, il aperut l'envieux parmi la foule du monde qui tait sur son passage. Il fit approcher un des vizirs qui l'accompagnaient, et lui dit tout bas : Allez et amenez-moi cet homme que voil, et prenez bien garde de l'pouvanter. Le vizir obit, et quand l'envieux fut en prsence du sultan, le sultan lui dit : Mon ami, je suis ravi de vous voir ; et alors, s'adressant  un officier :
:Lorsque j'eus achev de conter cette histoire au gnie assassin de la princesse de l'le d'bne, je lui en fis l'application.  gnie ! lui dis-je vous voyez que ce sultan bienfaisant ne se contenta pas d'oublier qu'il n'avait pas tenu  l'envieux qu'il n'et perdu la vie ; il le traita encore et le renvoya avec toute la bont que je viens de vous dire. Enfin j'employai toute mon loquence  le prier d'imiter un si bel exemple et de me pardonner ; mais il ne me fut pas possible de le flchir.
:L, il amassa une poigne de terre, pronona ou plutt marmotta dessus certaines paroles auxquelles je ne compris rien, et la jetant sur moi : Quitte, me dit-il, la figure d'homme, et prends celle de singe. Il disparut aussitt, et je demeurai seul, chang en singe, accabl de douleur, dans un pays inconnu, ne sachant si j'tais prs ou loign des tats du roi mon pre.
:Je descendis du haut de la montagne, j'entrai dans un plat pays, dont je ne trouvai l'extrmit qu'au bout d'un mois, que j'arrivai au bord de la mer. Elle tait alors dans un grand calme, et j'aperus un vaisseau  une demi-lieue de terre. Pour ne pas perdre une si belle occasion, je rompis une grosse branche d'arbre, je la tirai aprs moi dans la mer et me mis dessus, jambe de, jambe del, avec un bton  chaque main pour me servir de rames.
:Je voguai dans tel tal et m'avanai vers le vaisseau. Quand je fus assez prs pour tre reconnu, je donnai un spectacle fort extraordinaire aux matelots et aux passagers qui parurent sur le tillac. Ils me regardaient tous avec une grande admiration. Cependant j'arrivai  bord, et, me prenant  un cordage, je grimpai jusque sur le tillac ; mais comme je ne pouvais parler, je me trouvai dans un terrible embarras. En effet, le danger que je courus alors ne fut pas moins grand que celui d'avoir t  la discrtion du gnie.
:Le vent qui succda au calme ne fut pas fort, mais il fut durable : il ne changea point durant cinquante jours, et il nous fit heureusement aborder au port d'une belle ville trs-peuple et d'un grand commerce, o nous jetmes l'ancre. Elle tait d'autant plus considrable, que c'tait la capitale d'un puissant tat.
:Il arriva entre autres quelques officiers qui demandrent  parler de la part du sultan aux marchands de notre bord. Les marchands se prsentrent  eux, et l'un des officiers prenant la parole, leur dit : Le sultan notre matre nous a chargs de vous tmoigner qu'il a bien de la joie de votre arrive, et de vous prier de prendre la peine d'crire, sur le rouleau de papier que voici, chacun quelques lignes de votre criture.
:Voyant que personne ne s'opposait plus  mon dessein, je pris la plume et ne la quittai qu'aprs avoir crit six sortes d'critures usites chez les Arabes, et chaque essai d'criture contenait un distique ou un quatrain impromptu  la louange du sultan. Mon criture n'effaait pas seulement celle des marchands, j'ose dire qu'on n'en avait point vu de si belle jusqu'alors en ce pays-l. Quand j'eus achev, les officiers prirent le rouleau et le portrent au sultan.
:Scheherazade en tait l lorsqu'elle aperut le jour. Sire, dit-elle  Schahriar, si j'avais le temps de continuer, je raconterais  votre majest des choses encore plus surprenantes que celles que je viens de raconter. Le sultan, qui s'tait propos d'entendre toute cette histoire, se leva sans dire ce qu'il pensait.
:Les officiers revinrent au vaisseau et exposrent leur ordre au capitaine, qui leur dit que le sultan tait le matre. Aussitt ils me revtirent d'une robe de brocart trs-riche, et me portrent  terre, o ils me mirent sur le cheval du sultan, qui m'attendait dans son palais avec un grand nombre de personnes de sa cour, qu'il avait assembles pour me faire plus d'honneur.
:La marche commena ; le port, les rues, les places publiques, les fentres, les terrasses des palais et des maisons, tout tait rempli d'une multitude innombrable de monde de l'un et de l'autre sexes et de tous les ges, que la curiosit avait fait venir de tous les endroits de la ville pour me voir, car le bruit s'tait rpandu en un moment que le sultan venait de choisir un singe pour son grand vizir. Aprs avoir donn un spectacle si nouveau  tout ce peuple qui, par des cris redoubls, ne cessait de marquer sa surprise, j'arrivai au palais du sultan.
:Tant de choses paraissant au sultan fort au-del de tout ce qu'on avait jamais vu ou entendu de l'adresse et de l'esprit des singes, il ne voulait pas tre le seul tmoin de ces prodiges. Il avait une fille qu'on appelait Dame de beaut. Allez, dit-il au chef des eunuques, qui tait prsent et attach  cette princesse, allez, faites venir ici votre dame : je suis bien aise qu'elle ait part au plaisir que je prends.
:Oui, sire, repartit la princesse, je puis lui rendre sa premire forme. - Rendez-la-lui donc, interrompit le sultan, vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir, car je veux qu'il soit mon grand vizir et qu'il vous pouse. - Sire, dit la princesse, je suis prte  vous obir en tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner.
:La princesse Dame de beaut alla dans son appartement, d'o elle apporta un couteau qui avait des mots hbreux gravs sur la lame. Elle nous fit descendre ensuite, le sultan, le chef des eunuques, le petit esclave et moi, dans une cour secrte du palais, et l, nous laissant sous une galerie qui rgnait autour, elle s'avana au milieu de la cour, o elle dcrivit un grand cercle, et y traa plusieurs mots en caractres arabes anciens et autres qu'on appelle caractres de Cloptre.
:Lorsqu'elle eut achev et prpar le cercle de la manire qu'elle le souhaitait, elle se plaa et s'arrta au milieu, o elle fit des adjurations, et elle rcita des versets de l'Alcoran. Insensiblement l'air s'obscurcit de sorte qu'il semblait qu'il ft nuit et que la machine du monde allait se dissoudre. Nous nous sentmes saisir d'une frayeur extrme, et cette frayeur augmenta encore quand nous vmes tout  coup paratre le gnie, fils de la fille d'Eblis, sous la forme d'un lion d'une grandeur pouvantable.
:Scheherazade interrompit en cet endroit l'histoire du second calender, et dit au sultan : Sire, le jour, qui parat, m'avertit de n'en pas dire davantage ; mais si votre majest veut bien encore me laisser vivre jusqu' demain, elle entendra la fin de cette histoire. Schahriar y consentit et se leva, suivant sa coutume, pour aller vaquer aux affaires de son empire.
:Je ne vous dirai pas, madame, jusqu' quel point je fus touch d'un spectacle si funeste. J'aurais mieux aim tre toute ma vie singe ou chien que de voir ma bienfaitrice prir si misrablement. De son ct, le sultan, afflig au del de tout ce qu'on peut s'imaginer, poussa des cris pitoyables en se donnant de grands coups  la tte et sur la poitrine, jusqu' ce que, succombant  son dsespoir, il s'vanouit, et me fit craindre pour sa vie.
:Ds que le bruit d'un vnement si tragique se fut rpandu dans le palais et dans la ville, tout le monde plaignit le malheur de la princesse Dame de beaut et prit part  l'affliction du sultan. On mena grand deuil durant sept jours ; on fit beaucoup de crmonies ; on jeta au vent les cendres du gnie ; on recueillit celles de la princesse dans un vase prcieux, pour y tre conserves, et ce vase fut dpos dans un superbe mausole que l'on btit au mme endroit o les cendres avaient t recueillies.
:Le chagrin que conut le sultan de la perte de sa fille lui causa une maladie qui l'obligea de garder le lit un mois entier. Il n'avait pas encore entirement recouvr sa sant, qu'il me fit appeler : Prince, me dit-il, coutez l'ordre que j'ai  vous donner : il y va de votre vie si vous ne l'excutez. Je l'assurai que j'obirais exactement. Aprs quoi, reprenant la parole :
:Sur la fin de la nuit suivante, Dinarzade adressa ces paroles  la sultane : Ma chre soeur, si vous ne dormez pas, je vous prie, en attendant le jour, qui paratra bientt, de me raconter quelqu'un de ces beaux contes que vous savez. - Je voudrais bien, dit alors Schahriar, entendre l'histoire du troisime calender. - Sire, rpondit Scheherazade, vous allez tre obi. Le troisime calender, ajouta-t-elle, voyant que c'tait  lui  parler, s'adressant comme les autres  Zobide, commena son histoire de cette manire :
:Trs-honorable dame, ce que j'ai  vous raconter est bien diffrent de ce que vous venez d'entendre. Les deux princes qui ont parl avant moi ont perdu chacun un oeil par un pur effet de leur destine, et moi je n'ai perdu le mien que par ma faute, qu'en prvenant moi-mme et cherchant mon propre malheur, comme vous l'apprendrez par la suite de mon discours.
:Je visitai premirement les provinces ; je fis ensuite armer et quiper toute ma flotte, et j'allai descendre dans mes les pour me concilier, par ma prsence, le coeur de mes sujets et les affermir dans le devoir. Quelque temps aprs que j'en fus revenu, j'y retournai, et ces voyages, en me donnant quelque teinture de la navigation, m'y firent prendre tant de got que je rsolus d'aller faire des dcouvertes au del de mes les. Pour cet effet je fis quiper dix vaisseaux seulement, je m'embarquai, et nous mmes  la voile.
:Cette montagne, poursuivit le pilote, est trs-escarpe, et au sommet il y a un dme de bronze fin, soutenu de colonnes de mme mtal ; au haut du dme parat un cheval aussi de bronze, sur lequel est un cavalier qui a la poitrine couverte d'une plaque de plomb, sur laquelle sont gravs des caractres talismaniques. La tradition, sire, est que cette statue est la cause principale de la perte de tant de vaisseaux et de tant d'hommes qui ont t submergs en cet endroit, et qu'elle ne cessera d'tre funeste  tous ceux qui auront le malheur d'en approcher, jusqu' ce qu'elle soit renverse.
:Le pilote ayant tenu ce discours, se remit  pleurer, et ses larmes excitrent celles de tout l'quipage. Je ne doutai pas moi-mme que je ne fusse arriv  la fin de mes jours. Chacun, toutefois, ne laissa pas de songer  sa conservation et de prendre pour cela toutes les mesures possibles. Et dans l'incertitude de l'vnement, ils se firent tous hritiers les uns des autres par un testament en faveur de ceux qui se sauveraient.
: la vue de ces degrs, dit-il, car il n'y avait pas de terrain  droite ni  gauche o l'on pt mettre le pied et par consquent se sauver, je remerciai Dieu et invoquai son saint nom en commenant  monter. L'escalier tait si troit, si raide et si difficile, que pour peu que le vent et eu de violence, il m'aurait renvers et prcipit dans la mer. Mais enfin, j'arrivai jusqu'au haut sans accident : j'entrai sous le dme, et, me prosternant contre terre, je remerciai Dieu de la grce qu'il m'avait faite.
:Enfin la chaloupe aborda, et j'y vis l'homme de bronze tel qu'il m'avait t dpeint. Je m'embarquai et me gardai bien de prononcer le nom de Dieu ; je ne dis pas mme un seul autre mot. Je m'assis, et l'homme de bronze recommena de ramer en s'loignant de la montagne. Il vogua sans discontinuer jusqu'au neuvime jour, que je vis des les qui me firent esprer que je serais bientt hors du danger que j'avais  craindre. L'excs de ma joie me fit oublier la dfense qui m'avait t faite. Dieu soit bni ! dis-je alors, Dieu soit lou !
:Il y avait longtemps qu'il tait mari sans avoir eu d'enfants, lorsqu'il apprit qu'il aurait un fils dont la vie nanmoins ne serait pas de longue dure, ce qui lui donna beaucoup de chagrin  son rveil. Quelques jours aprs, ma mre lui annona qu'elle tait grosse, et le temps qu'elle croyait avoir conu s'accordait fort avec le jour du songe de mon pre. Elle accoucha de moi dans le terme des neuf mois, et ce fut une grande joie dans la famille.
:Comme cette prdiction s'accordait avec le songe de mon pre, il en fut vivement frapp et afflig. Il ne laissa pas pourtant de prendre beaucoup de soin de mon ducation jusqu' cette prsente anne, qui est la quinzime de mon ge. Il apprit hier que depuis dix jours le cavalier de bronze a t jet dans la mer par le prince que je viens de vous nommer. Cette nouvelle lui a cot tant de pleurs et caus tant d'alarmes qu'il n'est pas reconnaissable dans l'tat o il est.
:Le lendemain  son lever, je lui prsentai le bassin et l'eau. Il se lava, je prparai le dner et le servis quand il en fut temps. Aprs le repas, j'inventai un jeu pour nous dsennuyer non seulement ce jour-l, mais encore les suivants. Je prparai le souper de la mme manire que j'avais apprt le dner. Nous soupmes et nous nous couchmes comme le jour prcdent.
:Nous emes le temps de contracter amiti ensemble. Je m'aperus qu'il avait de l'inclination pour moi, et de mon ct j'en avais conu une si forte pour lui, que je me disais souvent  moi-mme que les astrologues qui avaient prdit au pre que son fils serait tu par mes mains taient des imposteurs, et qu'il n'tait pas possible que je pusse commettre une si mchante action. Enfin, madame, nous passmes trente-neuf jours le plus agrablement du monde dans ce lieu souterrain.
:Prince, me voil aujourd'hui au quarantime jour, et je ne suis pas mort, grces  Dieu et  votre bonne compagnie. Mon pre ne manquera pas tantt de vous en marquer sa reconnaissance et de vous fournir tous les moyens et toutes les commodits ncessaires pour vous en retourner dans votre royaume. Mas en attendant, ajouta-t-il, je vous supplie de vouloir bien faire chauffer de l'eau pour me laver tout le corps dans le bain portatif ; je veux me dcrasser et changer d'habit pour mieux recevoir mon pre.
:Je mis de l'eau sur le feu, et lorsqu'elle fut tide j'en remplis le bain portatif. Le jeune homme se mit dedans ; je le lavai et le frottai moi-mme. Il en sortit ensuite, se coucha dans son lit, que j'avais prpar, et je le couvris de sa couverture. Aprs qu'il se fut repos et qu'il eut dormi quelque temps : Mon prince, me dit-il, obligez-moi de m'apporter un melon et du sucre, que j'en mange pour me rafrachir.
:De plusieurs melons qui nous restaient, je choisis le meilleur et le mis dans un plat, et comme je ne trouvais pas de couteau pour le couper, je demandai au jeune homme s'il ne savait pas o il y en avait. Il y en a un me rpondit-il, sur cette corniche au dessus de ma tte. Effectivement j'y en aperus un ; mais je me pressai si fort pour le prendre, et dans le temps que je l'avais  la main, mon pied s'embarrassa de sorte dans la couverture, que je tombai et glissai si malheureusement sur le jeune homme, que je lui enfonai le couteau dans le coeur. Il expira dans le moment.
:Scheherazade, voyant paratre le jour en cet endroit, fut oblige d'interrompre ce rcit funeste. Le sultan des Indes en fut mu, et se sentant quelque inquitude sur ce que deviendrait aprs cela le calender, il se garda bien de faire mourir ce jour-l Scheherazade, qui seule pouvait le tirer de peine.
