
choice=,,,,,,,,,,, 
: -- Flix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic  l'an de ses trois enfants.
: -- Je ne suis pas ici pour m'occuper des poules, dit Flix, garon ple,
: -- Comment ? Rpond madame Lepic, un grand gars comme toi ! C'est pour rire. Dpchez-vous, s'il te plat !
: -- Il ne craint rien ni personne, dit Flix, son grand frre.
:Mais elle s'enfuit tout de suite, terrifie, parce qu'un fort coup de vent fait vaciller la lumire et l'teint.
: -- Oh ! le bourreau ! le bourreau ! s'crient grand frre Flix et soeur Ernestine.
:Madame Lepic les tourne, les retourne. Des petits crnes briss du sang coule, un peu de cervelle.
:La colre suffoque les Lepic. Ils s'acharnent, debout, contre le chien couch qui leur tient tte.
:Mais l'instant est venu de rentrer. Il ne faut pas que le jeu se prolonge trop. Les soupons s'veilleraient.
: -- a se trouve bien, conclut Poil de Carotte, aprs avoir dlibr sans hte, je n'ai pas envie.
:Il s'assied sur son lit et tche de rflchir. La porte est ferme  clef. La fentre a des barreaux. Impossible de sortir.
:On lui impose ainsi des gots et des dgots. En principe, il doit aimer seulement ce qu'aime sa mre. Quand arrive le fromage :
: -- Toujours le mme, donc ! dit madame Lepic  Poil de Carotte ; tu ne pouvais pas faire attention, petit imbcile !
: -- Lequel des deux la portera le premier ? Il semble que ce doit tre l'an.
:Grand frre Flix : Je cde l'honneur  Poil de Carotte. Qu'il commence !
: -- Je pense que tu ne reviendras pas bredouille, dit grand frre Flix.
: -- Hein ! dit grand frre Flix, je te la laisse porter tout ton sol !
:Grand frre Flix : Pardine ! a trompe de se baisser. On se figure qu'on est dessus ; on en est trs loin.
:Et grand frre Flix se dmasque afin de montrer qu'il a raison. Les moineaux, effrays, repartent.
:Poil de Carotte : Vraiment, je peux le tirer, celui-l, j'en suis sr.
:Grand frre Flix : Ote-toi voir. Oui, en effet, tu l'as beau. Vite, prte-moi ta carabine.
:Grand frre Flix : Mais puisque nous avons le moineau, de quoi te plains-tu ? Imagine-toi que nous pouvions le manquer.
:Grand frre Flix : Toi ou moi, c'est la mme chose. Je l'ai tu aujourd'hui, tu le tueras demain.
:Grand frre Flix : Je te le jure ; es-tu content ?
: -- Garons, vous n'avez pas tu le pre, au moins ?
:Dj la taupe s'est bris les pattes, fendu la tte, cass le dos, et elle semble n'avoir pas la vie dure.
:Grand frre Flix : Mais o sont-ils ? On ne peut pas tout savoir. Asseyons-nous.
:Grand frre Flix : S'ils s'imaginent que je les attendrai !
:Grand frre Flix : Veux-tu parier que j'en mange, moi, de la luzerne, et que tu n'en manges pas, toi ?
:Grand frre Flix : Blague  part, veux-tu parier ?
:A travers leurs culottes, une fracheur pntre jusqu'aux mollets peu  peu engourdis.
: -- J'en ai jusqu'au menton, dit grand frre Flix.
: -- Ce n'est pas tout a, dit grand frre Flix, mangeons. Je commence. Prends garde de toucher  ma portion.
:Du bout de son nez il les courbe, les amne  sa bouche et les mche posment.
:Et les dents crissantes, la langue amre, le coeur soulev, il avale, se rgale.
:Ainsi il reste toute cette premire journe sans boire, parce que la temprature est douce et que simplement il n'a pas soif.
: -- Tu te perfectionnes, dit madame Lepic ; te voil une facult de plus.
:Grand frre Flix : Allons donc, s'il tient trois jours, jusqu' dimanche, ce sera beau.
:-Un cochon d'Inde et toi, a fait deux, dit grand frre Flix.
:Parents et voisins se blasent. Seuls quelques trangers lvent encore les bras au ciel, quand on les met au courant :
:Farce ou drame ? Qui le sait ? Soeur Ernestine, humilie pour sa mre, a vaguement le trac.
: -- Papa est dans un de ses bons jours, se dit grand frre Flix qui galope, effrn, sur les btons de sa chaise.
:Ce matin, roul dans sa serviette, la tte basse, comme soeur Ernestine ruse encore, il ne s'aperoit de rien.
:Il se lve sans dfiance. Il nglige de vrifier comme d'ordinaire, en passant sa main sur ses cheveux.
:On dirait un chaume qui dgle. Et bientt la premire mche se dresse en l'air, droite, libre.
:Grand frre Flix : Allons-y, porte les caleons ?
:Grand frre Flix : Moi, j'aime mieux quand il y a du soleil.
: -- Un malin ! rpond grand frre Flix, ddaigneux et fix.
: -- Oui, dit Poil de Carotte, quoique je n'aime pas beaucoup a. L'eau reste dans mes oreilles, et j'aurai mal  la tte.
:Mais grand frre Flix l'empche de s'appliquer et le drange toujours.
: -- Dpche-toi, s'crie M. Lepic, ou grand frre Flix boira tout le rhum.
:Madame Lepic : Auel ge avez-vous donc, dj, Honorine ?
:Honorine : Pourtant, je les carquille bien et je ne vois pas trouble comme si j'avais la tte dans un seau d'eau.
:Honorine : Diable aussi que monsieur Lepic se gne avec sa domestique ! Il n'avait qu' parler et je lui changeais son verre.
:Les yeux colls et cuisants, elle ttonne avec ses mains noircies dans la nuit de la chemine.
:On a d l'enlever quand Honorine tournait le dos pour secouer par la fentre un plein tablier d'pluchures.
:Madame Lepic parat svre et calme sur le paillasson de la chambre  coucher.
:Honorine : Pourquoi qu'on me vole ma marmite sans me prvenir. C'est peut-tre vous seulement qui l'avez prise ?
:Madame Lepic, dsintresse, y renonce la premire.
:Ils n'ont rien. Ils sont ainsi, voil tout. Elle ne peut s'empcher de biller, les bras carts, devant l'un et devant l'autre.
:M. Lepic mange avec lenteur, comme s'il mchait du verre pil.
:Et elle se multiplie sans quitter de l'oeil M. Lepic. Elle veut le conqurir par ses prvenances et tchera de se signaler.
:Du bout de son bton, il frappe discrtement  la porte.
: -- Sans doute, papa Tissier, sans doute, mais en tes-vous sr ?
:Grand frre Flix dit la mme chose, trs vite, courant au bout de la phrase, et embrasse pareillement.
:Poil de Carotte et grand frre Flix sortent des rangs et courent  leur pre.
:Poil de Carotte : a dpend. La version va mieux que le thme, parce que dans la version on peut deviner.
:Grand frre Flix : Juste, ce matin le professeur a oubli de nous donner notre devoir.
:Grand frre Flix : Ah ! je la sais d'avance, papa. C'est la mme qu'hier.
:Monsieur Lepic : Malgr tout, je prfre que vous rentriez. Je tcherai de rester jusqu' dimanche et nous nous rattraperons.
: -- Je verrai, se dit-il, si j'aurai plus de succs ; si, oui ou non, il dplat maintenant  mon pre que je l'embrasse.
:C'est le matre d'tude qui revient en scne, apparu soudainement !
:Les joues de Marseau deviennent pourpres, mais il rpond sans colre, et le regard presque suppliant :
: -- Monsieur, c'est le matre d'tude qui m'envoie vous dire que j'ai les mains sales, mais c'est pas vrai !
: -- Monsieur, dit Poil de Carotte, le matre d'tude, il m'en veut !
: -- Monsieur, dit Poil de Carotte rellement audacieux et fier, le matre d'tude et Marseau, ils font des choses !
:Le mme jour,  la suite d'une courte enqute, Violone reoit son cong ! C'est un touchant dpart, presque une crmonie.
: -- Petite imbcile ! dit le matre d'tude, te voil content !
:Et tandis qu'un peu dgot il s'essuie  la chevelure de Poil de Carotte, madame Lepic lve les bras au ciel :
: -- Peigne-moi d'abord ! crie grand frre Flix. Je suis sr qu'il m'en a donn.
:Poil de Carotte prend la cuvette et sort ; et l'ayant dpose au soleil, il monte la garde prs d'elle.
: -- Qu'est-ce que c'est que a ? dit-elle. Poil de Carotte ne rpond rien. Elle se penche sur la cuvette.
:Du doigt, elle touche, comme afin de goter. Dcidment, elle ne comprend pas.
: -- Et aprs ? Est-ce que a vous regarde ? Mlez-vous donc de vos affaires et laissez-moi tranquille.
:Madame Lepic : Raison de plus. D'abord mnage ton esprit, s'il te plat, et obis.
:Grand frre Flix : Veux-tu que je te rpte, moi, maman ?
:Grand frre Flix : Mais, Poil de Carotte, est-ce bien Brutus qui a dit a ? Ne serait-ce pas Caton ?
:Poil de Carotte : Je suis sr de Brutus. "Puis il se jeta sur une pe que lui tendit un de ses amis et mourut."
:Un mot  la hte pour t'expliquer ma dernire lettre. Tu ne t'es pas aperu qu'elle tait  en vers. 
:L'araigne remonte. Poil de Carotte se rassied, retourne en lui, en son me de livre o il fait noir.
:Le chat vide la tasse, nettoie le fond, essuie le bord, et il ne lche plus que ses lvres sucres.
:Une moiti de la tte est emporte, et le sang coule dans la tasse de lait.
: -- Il n'a pas l'air mort, dit Poil de Carotte. Mtin, j'ai pourtant vis juste.
:Il n'ose bouger, tant l'oeil unique, d'un jaune clat, l'inquite.
:Des brumes blanches glissent au ras du pr, cachent peut-tre de lgers fantmes.
: -- Oui, quand son derrire sera guri, dit Pajol : elle a eu des couches dures.
:Il compare profondment les hommes avec des moutons, et voudrait connatre les petits noms des agneaux.
:Accroche  un barreau de rtelier, une limousine aux raies teintes semble garder les moutons, toute seule.
: -- Si a l'amuse, a ne me gne gure, pense Poil de Carotte.
: -- Surtout, dit-il  Poil de Carotte, ne lve ta ligne que lorsque ton bouchon aura enfonc trois fois.
:Quand parrain voit le soleil au-dessus de sa tte, on rentre djeuner. Il bourre Poil de Carotte de haricots blancs.
:Parrain : Et moi qui n'ai pas d'enfants, je lcherais le derrire d'un singe, si ce singe tait mon enfant ! Arrangez a.
: -- Es-tu l, canard ? dit-il. Je rvais, je te croyais encore dans la fontaine. Te souviens-tu de la fontaine ?
: -- Prenez-vous la main, dit grand frre Flix. En avant ! doucement.
: -- Halte ! dit-il, a se drange. Mais le temps d'aplatir d'une claque la couronne de Mathilde, il remet le cortge en branle.
:Une vrille de clmatite luit tire les cheveux. Grand frre Flix arrache le tout. On continue.
: -- a y est, dit-il, maintenant vous tes maris, bichez-vous.
:Mathilde, comme elle l'a reu, lui rend son baiser. Aussitt, gauches, gns, ils rougissent tous deux.
:Ils se frotte deux doigts l'un contre l'autre et trpigne, des bousilles aux lvres.
:Poil de Carotte ne se sauve jamais. D'ordinaire, quoique lche, il prfre en finir vite, et aujourd'hui il se sent brave.
: -- Ta maman est venue tout rapporter  ma maman et j'ai reu une bonne fesse. Et toi ?
:Poil de Carotte : Moi, je ne me rappelle plus. Mais tu ne mritais pas d'tre battue, nous ne faisions rien de mal.
:Il se retourne. Par la lucarne d'une curie, un domestique du chteau sort la tte et montre les dents.
: -- Je t'ai vu, Poil de Carotte, s'crie-t-il, je rapporterai tout  ta mre.
:Poil de Carotte : Parce qu' moi elle ne me donnera pas la permission. Juste, madame Lepic se montre  la fentre.
: -- Madame, dit Rmy, voulez-vous, s'il vous plat, que j'emmne Poil de Carotte pcher des ttards ?
:Rmy : Ah non, par exemple. J'aime mieux pcher des ttards. Il fait doux. J'en ramasserai des pleins paniers.
: -- Tiens, te voil encore, Rmy ! Je te croyais parti. J'avertirai ton papa que tu musardes et il te grondera.
:Solitaire, sans dfense, il laisse venir l'ennui et la punition s'appliquer d'elle-mme.
:Madame Lepic : Je te dfends d'y aller, tu m'entends ? Sans a...  Sa main droite recule comme pour prendre son lan. 
:Poil de Carotte :  En mditation prs de l'horloge .
: tire.  Le voil tout en larmes, parce que son pre...  Elle regarde en
: dessous M. Lepic...  voudrait l'emmener malgr lui. Ce n'est pas ta mre
: qui te tourmenterait avec cette cruaut.  Les Lepic pre et mre se
: Carotte met un enttement passionn  le suivre, sans se plaindre. Ses
: Si M. Lepic tue un livre au dbut de la chasse, il dit :
: Il lui arrive de porter une journe entire deux livres et cinq perdrix.
: -- Parce que tu l'as tu, grce  moi, dit Poil de Carotte.
:Et fier de ce nouveau succs, il expose avec aplomb sa mthode.
:Poil de Carotte : Mon Dieu ! je n'irai pas jusqu' prtendre que je ne me trompe jamais.
:Et bientt, Poil de Carotte s'crie allgre, en courant :
:Pyrame accourt, prcdant M. Lepic, qui ne s'attarde ni ne se hte plus que d'ordinaire.
: -- Il n'en reviendra pas, pense Poil de Carotte prt aux loges.
:Mais M. Lepic carte les branches, parat, et dit d'une voix calme  son fils encore fumant :
:Soeur Ernestine accourt. Grand frre Flix la suit, et bientt M. Lepic lui-mme arrive.
: -- Oh non ! pas comme a ! dit madame Lepic d'une voix aigu.
:En effet, l'hameon est arrt d'un ct par son dard et de l'autre ct par sa bouche.
: -- Ne fais donc pas ta lourde comme a ! dit grand frre Flix  sa mre.
: -- Je ne m'tonne plus que a ne mordait pas, dit-il.
: -- Est-il bte ? On jurerait qu'on l'gorge, dit madame Lepic aux voisins attendris par sa bont.
:Madame Lepic : Non, maman. Ce n'est pas ta toupie. Je te l'ai confisque la semaine dernire.
:Poil de Carotte : Imaginons, maman, que j'ai dpens ma pice,  mon got. Fallait-il seulement la surveiller toute ma vie !
:O diable peut-elle tre, cette pice d'argent ? L-haut, sur l'arbre, au creux d'un vieux nid ?
:Elles semblent vieillir l. Elles ont l'air d'y dormir, rarement veilles, pousses d'un coin  l'autre, mles et sans nombre.
:Le peur d'tre surpris lui vite des hsitations, des remords, un retour prilleux vers la table  ouvrage.
: -- Et moi, et moi ? demandent grand frre Flix et soeur Ernestine.
: -- Tu ne le rpterais pas deux fois, dit grand frre Flix.
:La voil si prs que, sans autre provocation, la panique commence, les clameurs s'lvent.
:Madame Lepic : C'est donc moi qui rve ? Que se passe-t-il ? Pour la premire fois de ta vie, tu refuses de m'obir.
: -- Voil une rvolution ! s'crie madame Lepic sur l'escalier, levant les bras.
: -- Ernestine, Flix, il y a du neuf ! Venez voir avec votre pre et Agathe aussi. Personne ne sera de trop.
:Puis il ferme le poing, menace le village qui s'assoupit l-bas dans les tnbres et il lui crie avec emphase :
: -- Mauvaise femme ! te voil complte. Je te dteste.
: -- Oh ! rpond Poil de Carotte, redevenu simple et prudent, je ne dis pas a parce que c'est ma mre.
:Il s'appelle Poil de Carotte au point que la famille hsite avant de retrouver son vrai nom de baptme.
:Quand le caf et le chocolat sont prts, il mange un morceau de n'importe quoi sur le pouce.
:Le paresseux grand frre Flix vient de terminer pniblement ses tudes. Il s'tire et soupire d'aise.
: -- Quels sont tes gots ? lui demande M. Lepic. Tu es  l'ge qui dcide de la vie. Que vas-tu faire ?
:Quand il gle et que les autres glissent, il s'organise une petite glissoire,  part,  ct de la glace, sur l'herbe.
:Une voisine se permettant de le menacer, madame Lepic accourt, se fche et dlivre son fils qui rayonne dj de gratitude.
: -- Faire clin ! Qu'est-ce que a veut dire ? demande Poil de Carotte au petit Pierre que sa maman gte.
:Mathilde : Je les trouve drles. Prte-les-moi ? J'ai envie d'y mettre du sable pour faire des pts.
: -- Veux-tu t'arrter ! Que j'entende encore ! Alors tu aimes mieux ton pre que moi ? dit,  et l, madame Lepic.
:Madame Lepic : Cela veut dire que tu fais encore une btise. Tu le fais donc toujours exprs.
:Croyant que sa mre lui sourit, Poil de Carotte, flatt, sourit aussi.
: -- Quand il a une ide dans la tte, il ne l'a pas dans le derrire.
: -- Il est comme moi, sans malice, plus bte que mchant et trop cul de plomb pour inventer la poudre.
:Tantt elle se plait  reconnatre que, si les petits cochons ne le mangent pas, il fera, plus tard, un gars hupp.
: -- C'est plutt un bien qu'un mal. a dgage le cerveau de la tte.
:Il lui semble aussitt que l'air gle autour de lui, et qu'il a deux sources brlantes dans les yeux.
